Lus et conseillés

  • Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux, dont celui qu'occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida, ainsi qu'une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années.
    On s'active, on se prépare pour l'anniversaire de Marion, dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se profile, des inconnus rôdent autour du hameau.

  • Le fils, c'est André. Le père, c'est l'Absent. La mère, c'est Gabrielle. Mais André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines.
    Chaque été, il retrouve sa mère biologique qui vient passer ses vacances en famille.
    De Saint-Céré dans le Lot en passant par Chanterelle et Aurillac jusqu'à Paris, Marie-Hélène Lafon nous transporte à nouveau au coeur d'une famille. Elle décrypte aussi bien ses bonheurs ordinaires que le poids du manque le plus profond, celui qui creuse des galeries dans les vies, sous les silences.
    André n'a de cesse de mendier le père, de cerner les contours de son absence, d'attendre, de guetter, de laisser le temps s'étirer, de se cogner à l'urgence, de composer un portrait en indices et de comprendre en creux qui il a été : un avare du coeur, plein de lui-même, pétri de morgue, étroit, mesquin, beau et aimé par les femmes.
    Avec ce nouveau texte, l'auteure confirme la place si particulière qu'elle occupe aujourd'hui dans le paysage de la littérature française. Toujours aussi puissante, son écriture reste limpide et fluide.

  • Trencadis

    Caroline Deyns

    "Je montrerai tout. Mon coeur, mes émotions. Vert - rouge - jaune - bleu - violet. Haine -amour - rire - peur - tendresse". Niki hait l'arête, la ligne droite, la symétrie. A l'inverse, l'ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie.
    Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu'elle retient : une mosaïque d'éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple. Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l'unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement.
    Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ? "J'aime l'imaginaire comme un moine peut aimer Dieu".

  • A-t-on déjà dit avec autant de franchise qu'on avait le droit de ne pas aimer sa mère, même quand la société nous impose d'être une «bonne fille»?? Rendez-vous au paradis alterne le récit autobiographique des derniers jours de la mère de Mercedes Deambrosis, à l'hôpital de Marseille et le «roman» d'une jeune fille, Guri, de ses parents, Merceditas et Luis, dans l'Espagne franquiste. Comment peuvent se rejoindre cette mère mourante et l'héroïne de ce qui aurait dû être un conte de fées?? Face au compte rendu clinique et néanmoins bouleversant d'une vie qui s'achève à Marseille se dresse le roman d'une famille espagnole du début du siècle aux années soixante. Et le lecteur de traverser la guerre civile, le Franquisme victorieux, la difficile reconstruction d'un pays en proie aux pesanteurs et à l'hypocrisie de la religion catholique. Une façon peut-être de tenter de comprendre comment une mère peut se muer en tyran... «Il y a des mères tyrans dans mes livres, des mères ogresses. Aucune n'était ma mère.» écrit Mercedes Deambrosis. Cette fois, dans son premier texte autobiographique, elle a magistralement réussi à faire le portrait sans fard de celle qui lui aura reproché sa vie durant de ne pas être la fille qu'elle aurait voulu.

  • La tannerie

    Celia Levi

    Jeanne, ses études terminées, a quitté sa Bretagne natale pour vivre à Paris. Elle a trouvé un emploi temporaire d'« accueillante » à la Tannerie, une nouvelle institution culturelle, installée dans une usine désaffectée de Pantin.

    D'abord déboussolée par le gigantisme et l'activité trépidante du lieu, timide et ignorante des codes de la jeunesse parisienne, elle prend peu à peu de l'assurance et se lie à quelques-uns de ses collègues, comme la délurée Marianne ou le charismatique Julien, responsable du service accueil.

    Elle les accompagne dans leurs déambulations nocturnes, participe à des fêtes. Leur groupe se mêle au mouvement Nuit debout. Ils se retrouvent dans des manifestations, parfois violentes - mais sans véritablement s'impliquer, en spectateurs.

    Bientôt, deux ans ont passé. Dans l'effervescence de la Tannerie, en pleine expansion, chacun tente de se placer pour obtenir enfin un vrai contrat ou décrocher une promotion. Jeanne va devoir saisir sa chance.

    La Tannerie - tel un microcosme de notre société - forme une monde à part entière, avec ses techniciens, ses employés de bureau, ses artistes. Mais derrière la bienveillance affichée et le progressisme des intentions, la précarité et la violence dominent.

    Avec ce roman, qui frappe autant par la finesse de ses descriptions que par sa force critique, Celia Levi fait le portrait d'une époque et d'une génération en proie aux ambitions factices et à l'imposture des discours.

  • En 2012, Thésée quitte « la ville de l'Ouest » et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir « les fenêtres du temps »...

  • Tandis qu'une grippe foudroyante ravage l'Europe, une centaine de personnes montent à bord d'un ferry pour fuir le continent. Pris dans une tempête, les passagers font naufrage sur une île inconnue. Il faut construire un radeau pour repartir. Mais certains prennent goût à cette vie nouvelle. Ils veulent rester, et protéger à tout prix le secret de leur présence ici. Un conflit couve, les passions s'exacerbent. Alors que sera bientôt commis l'irréparable, le ciel et l'horizon demeurent vides : sont-ils les derniers survivants ?

    Épique et envoûtant, un magnifique roman sur la fuite hors du monde et le désir d'une autre vie.

  • En 1965, Randall Webb annonçait à ses phrères que l'Amérique se dotait enfin de son corps électrique, il aurait pour nom le Psycho-Batave. Trois ans après le Psycho-Batave entrait déjà dans son crépuscule, ni moins beau ni poignant que les neuf années de ténèbres qui succéderaient, avec l'exil en Europe du Conducteur Randall Webb.
    Lorsque Don Creux, « la clef de voûte » du Psycho- Batave, décède dans sa Floride natale, la dissolution s'achève. Escorté de Sred Sweign et de sa pupille, l'adolescent Jeremiah, Randall Webb accomplit un périple jusqu'au Désert des Mojaves, où seront dispersées les cendres de Don Creux. Il a toujours su qu'on ne meurt que pour mieux ressusciter. Jeremiah sera initié aux arcanes du Psycho-Batave, afin qu'une deuxième fois la bonne nouvelle soit répandue.

  • Héritage

    Miguel Bonnefoy

    • Rivages
    • 19 Août 2020

    Une prodigieuse saga familiale, pleine de magie et de passion, qui confirme le talent de Miguel Bonnefoy pour mêler les trajectoires intimes à la grande histoire. Des coteaux du Jura jusqu'aux geôles de Pinochet, des tranchées de la Somme jusqu'au ciel britannique déchiré par les Messerschmitt, la famille Lonsonier a traversé le XXe siècle avec fougue, et y a laissé quelques plumes... Mais de Lazare le poilu chilien et de sa dulcinée Thérèse amoureuse des êtres ailés, de Margot l'aviatrice intrépide et d'Ilario Da son fils révolté, on retient surtout l'incoercible force de vie. Ces drôles d'oiseaux migrateurs, pris tour à tour dans l'oeil du cyclone, ne cessent de voler vers leur destin, d'un côté à l'autre de l'Atlantique, avec pour tout viatique la légende mystérieuse d'un oncle disparu...

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • Paula ou personne

    Patrick Lapeyre

    Jean Cosmo retrouve par hasard, lors d'un mariage auquel ni l'un ni l'autre ne tenaient vraiment à assister, Paula Couturier, une amie de jeunesse, soeur d'un de ses premiers amours. « C'est l'innocence du hasard, écrit le narrateur, qui donne à une rencontre son caractère fatal et stupéfiant. » Ils attendront leur cinquième rendez-vous pour vivre une passion amoureuse dont la fièvre érotique leur communique un merveilleux sentiment d'exister. Paula est mariée avec un homme malheureux mais prodigue. Elle connaît une vie facile et bourgeoise dans les beaux quartiers de Paris. Catholique, elle se partage entre son mari, le catéchisme aux enfants, ses cours dans une institution privée, et la découverte bruyante du plaisir et de l'orgasme avec son amant. Cosmo est célibataire, il travaille de nuit au tri postal de Montreuil. Il doit composer avec des cadences infernales, un petit salaire, des collègues difficiles, souvent paumés, une certaine Mylène Cachet qui le poursuit de ses « assiduités pitoyables », une chef de service exécrable, une bande de syndicalistes hypocrites, aux discours creux d'une époque antédiluvienne. Et une soeur, Fabienne, amoureuse éplorée d'un jeune musulman flambeur, que Cosmo tente en vain de consoler à coup de citations de Freud.
    Mais Cosmo a un secret. Il est passionné de philosophie, et plus particulièrement de Martin Heidegger depuis que son professeur de lycée lui a transmis sa passion. Cosmo est postier philosophe comme d'autres sont peintres du dimanche. D'une façon loufoque et tendre, il voudra peu à peu initier Paula à l'énigme de la présence, la problématique heideggerienne de l'Être et de l'existence, tout en se livrant avec elle à des ébats sexuels intenses et répétés. C'est irrésistible et joyeux. Mais le fait d'être amoureux suffira-t-il à leur bonheur comme ils semblent prêts à le croire ? Patrick Lapeyre raconte avec humour et gravité comment la passion s'affirme de façon absurde mais inéluctable dans l'impossibilité d'aimer. « On a fait un drôle de chemin pour se rencontrer », dit Paula, tandis que leur amour les entraîne sur un chemin encore plus insolite et risqué. Paula n'est pas certaine de pouvoir conjuguer comme Cosmo fièvre érotique et fièvre philosophique. Cosmo, tout à sa quête de la présence des choses, va progressivement éprouver « un étrange sentiment de vulnérabilité. » L'ombre grignote leur « très grand bonheur » : attentats terroristes à Paris, suicide d'un collègue postier, accident tragique d'Alicia, la soeur de Paula. Les amants adultères finiront par être dénoncés. Paula se sentira étouffer dans sa double vie, et reprochera à Cosmo « de faire du sexe l'alpha et l'oméga de l'existence ». Ils n'auront jamais été aussi certains d'être aimés qu'au moment où ils devront se séparer. Cosmo passera de l'intensité de la présence à l'effacement. Il disparaîtra.

  • Saturne

    Sarah Chiche

    Automne 1977 : Harry, trente-quatre ans, meurt dans des circonstances tragiques, laissant derrière lui sa fille de quinze mois. Avril 2019 : celle-ci rencontre une femme qui a connu Harry enfant, pendant la guerre d'Algérie. Se déploie alors le roman de ce père amoureux des étoiles, issu d'une grande lignée de médecins. Exilés d'Algérie au moment de l'indépendance, ils rebâtissent un empire médical en France. Mais les prémices du désastre se nichent au coeur même de la gloire. Harry croise la route d'une femme à la beauté incendiaire. Leur passion fera voler en éclats les reliques d'un royaume où l'argent coule à flots. À l'autre bout de cette légende noire, la personne qui a écrit ce livre raconte avec férocité et drôlerie une enfance hantée par le deuil, et dévoile comment, à l'image de son père, elle faillit être engloutie à son tour.

    Roman du crépuscule d'un monde, de l'épreuve de nos deuils et d'une maladie qui fut une damnation avant d'être une chance, Saturne est aussi une grande histoire d'amour : celle d'une enfant qui aurait dû mourir, mais qui est devenue écrivain parce que, une nuit, elle en avait fait la promesse au fantôme de son père.

  • J'appelle des visages, des souvenirs, et ce ne sont pas toujours ceux que j'appelle qui se présentent. Et comme s'ils n'attendaient que ça, ils affluent, en vrac, se donnant la main. Je les accueille sans savoir où ils vont me conduire, ni ce qu'ils vont produire. Répartis dans des dossiers étiquetés, descendus de leurs étagères, sortis de leurs tiroirs, les souvenirs sont là, déposés sur mon bureau, attendant avec impatience? espoir? que je prenne le temps de m'y arrêter.
    Il y a des choses dont on se souvient «comme si c'était hier» et d'autres - quel plaisir! - qui surgissent, là, soudain, que j'avais oubliées au point qu'elles m'apparaissent nouvelles. D'autres encore, dont je ne mesurais pas l'importance, mais dans quoi, comme à mon insu, le temps a déposé ce que je vais m'acharner à comprendre et essayer de traduire. Oui, les souvenirs, il faudrait pouvoir leur parler. Ils doivent tout savoir de nos regrets, de nos remords.

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