Nouveautés sciences humaines

  • « Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j'ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d'amis anéantis... ».
    Etre rabbin, c'est vivre avec la mort : celle des autres, celle des vôtres. Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l'histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d'hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. ».
    A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d' une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
    Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu'on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes...

  • Depuis la terrible expérience du confinement, les États comme les individus cherchent tous comment se déconfiner, en espérant revenir aussi vite que possible au « monde d'avant » grâce à une « reprise » aussi rapide que possible. Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de cette épreuve, en tout cas pour le bénéfice de ceux que l'on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là se doutent qu'ils ne se déconfineront pas, d'autant que la crise sanitaire s'encastre dans une autre crise bien plus grave, celle imposée par le Nouveau Régime Climatique. Si nous en étions capables, l'apprentissage du confinement serait une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir enfin nous envelopper - à défaut de nous développer à l'ancienne ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent, Où atterrir ?Comment s'orienter en politique. Après avoir atterri, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter et retrouvent le goût de la liberté et de l'émancipation mais autrement situées. Tel est l'objet de cet essai sous forme de courts chapitres dont chacun explore une figure possible de cette métaphysique du déconfinement à laquelle nous oblige l'étrange époque où nous vivons.

  • Environnement

    Laurent Fonbaustier

    • Anamosa
    • 21 Janvier 2021
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  • «Jusqu'à des droits très proches de nous, jusqu'à des économies pas très éloignées de la nôtre, ce sont toujours des étrangers avec lesquels on 'traite', même quand on est allié. Les gens de Kiriwina dans les Trobriand dirent à M. Malinowski?: 'Les hommes de Dobu ne sont pas bons comme nous?; ils sont cruels, ils sont cannibales?; quand nous arrivons à Dobu, nous les craignons. Ils pourraient nous tuer. Mais voilà, je crache de la racine de gingembre, et leur esprit change. Ils déposent leurs lances et nous reçoivent bien.' Rien ne traduit mieux cette instabilité entre la fête et la guerre.» «Nous n'avons pas qu'une morale de marchand», énonce Marcel Mauss dans ce texte majeur de l'anthropologie du xxe siècle. Il y expose le résultat de plusieurs décennies de recherches sur différentes sociétés archaïques. Non seulement il est possible d'envisager l'échange en dehors du marché, mais des économies complexes reposent sur le don et le contre-don. Le nom du système au coeur de son analyse est resté dans les annales?: le potlatch.
    Notamment pratiqué dans certaines tribus amérindiennes, ce rite somptuaire fondé sur la destruction de ce que l'on possède amène au sommet de l'échelle sociale seuls les individus capables de se séparer de tous leurs biens. En s'intéressant à ce système allant à l'encontre­­­­­ du rationalisme économique tel que nous le subissons, ce texte exerça une profonde influence sur l'ensemble des sciences humaines, jusqu'à Guy Debord et ses comparses de l'Internationale lettriste qui baptisèrent leur propre revue Potlatch.
    Le potlatch et la kula revêtent avant tout une dimension spirituelle?: la chose donnée n'est pas inerte, elle engage l'honneur de celui qui la donne, autant que de celui qui la reçoit. Cette dimension sacrée de l'échange nous fait aujourd'hui cruellement défaut. C'est peut-être dans notre rapport au don que se trouve la clé de la crise morale que l'humanité­ affronte aujourd'hui.

  • Comment défendre les Lumières aujourd'hui ? Leur idéal d'émancipation a-t-il encore un sens ?

    On ne saurait se borner à invoquer un esprit des Lumières immuable dans un contexte marqué par le réveil du nationalisme, les crises environnementales et sanitaires et l'augmentation des inégalités. Faire face au danger d'effondrement de notre civilisation sans renoncer à la rationalité philosophico-scientifique, mais en tenant compte de notre dépendance à l'égard de la nature et des autres vivants : telle est la démarche qui fonde ce livre. Pour combattre les anti-Lumières qui souhaitent rétablir une société hiérarchique ou théocratique et répondre aux accusations des postmodernes qui suspectent tout universalisme d'être hégémonique, il faut donc proposer de nouvelles Lumières. Celles-ci supposent de revisiter l'histoire des Lumières, mais aussi de lutter contre l'amputation de la raison qui a été réduite à un instrument de calcul et d'exploitation.

    L'objectif des Lumières à l'âge du vivant et de leur projet d'une société démocratique et écologique est bien de destituer le principe de la domination - une domination des autres et de la nature à l'intérieur et à l'extérieur de soi qui traduit un mépris du corps et de la vulnérabilité.

  • D'un côté, la planète se réchauffe dangereusement, de l'autre, l'extrême droite gagne du terrain, de l'Europe aux Amériques. Que se passe-t-il quand ces deux tendances se rencontrent ?
    La poussée nationaliste contemporaine a été largement commentée, mais son rapport à l'écologie reste dans l'ombre. Ce livre entreprend de combler cette lacune : qu'ont dit, écrit et fait les principaux partis d'extrême droite à propos du climat et de l'énergie durant la dernière décennie ? En premier lieu, ils ont nié le problème. Le climato-négationnisme qu'on croyait moribond a fait un retour fracassant par la voix de leurs leaders. Dans sa grande majorité, l'extrême droite voue un culte aux réserves nationales et abhorre les éoliennes, s'oppose aux accords climatiques, entretient des liens étroits avec l'industrie fossile et nourrit de théories conspirationnistes sa détestation des mouvements écologiques et de la climatologie.
    Même quand elle reconnaît le problème, qu'elle se revendique d'un « nationalisme vert », ses positions restent en toutes circonstances déterminées par la défense de la nation et du territoire, et par son obsession de l'immigration non-blanche.
    Pour les auteurs de ce livre, l'essor des politiques nationalistes dans le contexte du réchauffement mondial nous alerte sur les dangers d'un fascisme fossile qui emploierait les moyens les plus brutaux à la préservation du statu quo.

  • « L'impact du milieu n'a pas le même effet sur un bébé, sur un adulte, selon la construction physique et mentale de chacun. Ce que nous sommes aujourd'hui n'est pas ce que nous serons demain, marqués, expérimentés et souvent blessés par l'existence. Notre corps et notre esprit modifiés par la vie devront s'adapter à un monde toujours nouveau.
    Les hommes et les femmes, les pères et les mères, voient leurs places respectives bouleversées par une nouvelle donne qui chamboule les schémas traditionnels du masculin et du féminin et qui redistribue l'identité et le rôle de chacun dans le couple et dans la famille.
    Notre culture a perdu la boussole, nous naviguons à vue, bousculés par les événements, errant là où le vent nous porte. Il nous faut reprendre un cap, car nous venons de comprendre que l'homme n'est pas au-dessus de la nature, n'est pas supérieur aux animaux, il est dans la nature. La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd'hui ne produit que du malheur.
    Une étoile du berger nous indique cependant la nouvelle direction, vers l'unité de la Terre et du monde vivant. » B. C.

    Un livre d'une richesse exceptionnelle, conjuguant tout le savoir le plus récent de l'éthologie, de la préhistoire, des neurosciences.
    Une méditation profonde sur la condition humaine et sur l'avenir de nos sociétés.

  • De quoi nous parlent nos rêves et pourquoi leur contenu nous déroute-t-il ? Dans L'Interprétation sociologique des rêves, Bernard Lahire élaborait un cadre général d'analyse de l'expression onirique nourri des apports de l'ensemble des disciplines qui ont abordé cette énigme. L'espace du rêve y apparaissait comme le lieu d'une communication de soi à soi, implicite et très peu censurée, mettant en jeu sous une forme transfigurée des problématiques existentielles profondément structurées par les expériences sociales des rêveurs.
    Ce second volume déploie le modèle et la méthode mis au point sur des corpus inédits de rêves. En reliant les fils de l'imaginaire nocturne de quatre femmes et de quatre hommes à des expériences récentes ou lointaines de leur vie, Bernard Lahire déchiffre les préoccupations que leurs rêves mettent en scène. Par-delà l'étrangeté ou l'incohérence apparente des pièces de ces puzzles oniriques construits nuit après nuit, il fait apparaître avec netteté l'image qui s'en dégage : l'épreuve de la domination masculine, les séquelles des abus sexuels, les affres de la condition de transfuge de classe, les heurts de la compétition scolaire, les rapports difficiles à l'héritage familial, les conséquences de la violence parentale physique ou symbolique, les effets d'une morale religieuse enveloppante ou les répercussions de l'abandon du père.
    En s'emparant, avec virtuosité, d'un objet traditionnellement considéré comme hors du champ de la sociologie, Bernard Lahire ne se contente pas de défaire un peu plus le mythe d'une intériorité préservée de toute influence sociale ; il nous donne les moyens d'accéder avec une plus grande lucidité à la part rêvée de nos existences.

  • La forme du sommeil qui prévaut dans les sociétés occidentales n'est en rien « naturelle » : elle ne s'est imposée qu'à partir du xixe siècle. Jusqu'alors, le sommeil y était généralement scindé en deux blocs de durée égale, séparés par une période de veille d'une heure environ que pouvaient occuper diverses activités :
    Méditation silencieuse, réflexion sur le sens des rêves, prière, rapports intimes, consommation de tabac, tâches ménagères, soin des bestiaux... Mais avec la révolution industrielle et son cortège de bouleversements, en particulier la large diffusion de nouvelles technologies d'éclairage artificiel, un processus de consolidation du sommeil est intervenu qui a abouti à l'imposition de la norme du sommeil d'un bloc de huit heures ininterrompues.
    Ce processus s'est accompagné d'une dévalorisation du sommeil, lequel n'est plus considéré comme un impératif biologique, mais comme un temps mort qui ne peut faire l'objet d'une valorisation économique. Une pression culturelle forte se développe dès lors en faveur d'un temps de sommeil réduit.
    Parallèlement, le fait de se réveiller au milieu de la nuit se trouve assimilé au plus célèbre des troubles du sommeil : l'insomnie.

  • Apocalypse cognitive

    Gérald Bronner

    • Puf
    • 6 Janvier 2021

    La situation est inédite. Jamais, dans l'histoire de l'humanité, nous n'avons disposé d'autant d'informations et jamais nous n'avons eu autant de temps libre pour y puiser loisir et connaissance du monde. Nos prédécesseurs en avaient rêvé : la science et la technologie libéreraient l'humanité. Mais ce rêve risque désormais de tourner au cauchemar. Le déferlement d'informations a entraîné une concurrence généralisée de toutes les idées, une dérégulation du « marché cognitif » qui a une fâcheuse conséquence : capter, souvent pour le pire, le précieux trésor de notre attention. Nos esprits subissent l'envoûtement des écrans et s'abandonnent aux mille visages de la déraison.

    Victime d'un pillage en règle, notre esprit est au coeur d'un enjeu dont dépend notre avenir. Ce contexte inquiétant dévoile certaines des aspirations profondes de l'humanité. L'heure de la confrontation avec notre propre nature aurait-elle sonné ? De la façon dont nous réagirons dépendront les possibilités d'échapper à ce qu'il faut bien appeler une menace civilisationnelle.

    C'est le récit de cet enjeu historique que propose le nouveau livre événement de Gérald Bronner.

  • Révélant la vitalité stratégique qui anime les écrits comme la vie de Claude Lévi-Strauss, cet abécédaire rappelle la résonance actuelle de l'oeuvre, souvent peu comprise, du grand anthropologue, théoricien du structuralisme.

    Discordante au regard du triomphalisme moderniste, son inquiétude, qu'on a pu qualifier de «?pessimisme lévi-straussien?», est aujourd'hui pleinement la nôtre. C'est notre condition contemporaine?:?«?Expropriés de notre culture, dépouillés de valeurs dont nous étions épris - pureté de l'eau et de l'air, grâces de la nature, diversité des espèces animales et végétales -, tous indiens désormais, nous sommes en train de faire de nous-mêmes ce que nous avons fait d'eux.?» Tristes Tropiques, La Pensée sauvage, L'Homme nu, Nous sommes tous des cannibales... Sa critique de l'humanisme classique instituant les humains en règne séparé est devenue une évidence partagée?: l'Occident, ivre de lui-même, fétichiste du «?Progrès?», est aujourd'hui en déconfiture. Lire Lévi-Strauss, c'est envisager les problèmes autrement?; c'est pourquoi il est primordial de découvrir ou redécouvrir la pensée du plus grand ethnologue français du XXe siècle.

  • «De telles listes sont dressées depuis les années 1970. Compilées par plusieurs générations de militants, elles sont enfouies dans les caves des archives associatives et présentent toutes le même format, à la fois sec et funeste. On y trouve la date du crime, le nom de la victime, suivis d'une ou deux phrases laconiques. Elles frappent par leur rudesse, leur longueur et leur nombre. Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l'idée d'une injustice. Elles dénoncent le racisme et l'impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n'est pas un non-lieu qui est venu clore l'affaire.
    Elles disent en substance que la racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d'asseoir un rapport de pouvoir et d'en tirer profit, tue deux fois. La première violence touche à l'intégrité physique de la personne. La seconde violence a lieu à l'échelle institutionnelle. Elle est une conséquence du traitement pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés.» De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, cet ouvrage, issu d'une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l'heure où le racisme institutionnel et l'action de la police continuent chaque année à être à l'origine de nombreux morts.

  • Altermondialistes, zadistes, environnementalistes, anarcho-primitivistes... Anarchie et écologie semblent partager de nombreux points communs. Une même aspiration à un monde meilleur, plus proche de la nature, respectant les espèces vivantes et les paysages, fait de communautés solidaires et tolérantes. Une même détestation d'un monde dominé par l'argent, les guerres et la soif du pouvoir.
    Pourtant, les choses sont loin d'être aussi simples qu'il n'y paraît. Elles sont parfois même antagoniques si l'on considère, comme Philippe Pelletier en fait l'hypothèse dans cet ouvrage, que la finalité de l'injonction au « tous écologistes » n'est autre que de faire évoluer le système actuel vers un capitalisme vert, bien éloigné de l'idéal anarchiste...

  • À quoi ressemble la joie dans les milieux engagés dans des luttes sociales ? Qu'est-ce qui nous rend collectivement et individuellement plus capables, plus puissants et pourquoi, parfois, les milieux radicaux produisent tout l'inverse et nous vident de tout désir ?

    C'est à ces questions que Joie militante tente de répondre, combinant propositions théoriques, analyses de cas pratiques et entretiens avec des militant·e·s issu·e·s de luttes diverses : féminisme, libération noire, résurgence autochtone, syndicalisme, squat, occupations, etc.

  • Une lecture sociologique des innovations managériales en cours, qui tendent à faire oublier les véritables objectifs des employeurs : continuer à mettre en oeuvre la subordination des salariés, seule garantie de leur exploitation « légitime ».

    L'auteure décrypte la capacité patronale à faire renaître, sans cesse, sa domination, afin de préserver, voire sublimer, un lien de subordination qui prend une forme de plus en plus personnalisée, intrusive et délétère, et qui compromet toute capacité collective des salariés à s'emparer des véritables enjeux du travail. Des drh « bienveillantes » et préoccupées du « bonheur » de leurs salariés aux « entreprises libérées » par leur leader, en passant par l'esprit start-up et l'offre éthique, l'auteure analyse tous ces faux-semblants qui paralysent l'intelligence collective et menacent l'avenir du monde.

  • Marc Augé, à qui l'on doit l'introduction des notions de non-lieux et de surmodernité, se confronte avec l'acuité qui lui est propre à des questions centrales relatives à l'humanité même de l'homme : le bonheur, la dignité, la confiance, l'augmentation préoccupante des inégalités. Ce volume, qui trouve dans le sens profond du partage de l'humanité générique habitant chacun d'entre nous son fil rouge, se présente comme une sorte de vade-mecum pour le temps présent.

  • Certains sont invulnérables à la dépression, et d'autres sombrent. Pourquoi ? Le nouvel essai de J.-D. Nasio s'attache au rôle des illusions dans notre vie, offre une explication neuve et originale de la dépression, et montre comment, une fois guéri, s'ouvrir à une nouvelle manière de s'aimer et d'aimer les autres.

  • En ces temps de crise, choisir la douceur comme arme de combat. Un essai engagé et iconoclaste pour un monde meilleur.

    Un homme de conviction. Grand témoin de notre époque, Jean-Claude Guillebaud est un écrivain engagé. Dans cet essai commencé durant le confinement, achevé alors que Beyrouth se retrouvait sous les gravats, il pose son regard acéré sur ces temps de crise que nous traversons. Alors que nos sociétés contemporaines valorisent le « je » plutôt que le « nous », l'individualisme plutôt que le collectif, Jean-Claude Guillebaud en appelle à l'entraide contre la loi du plus fort. La douceur, ce mot lumineux, laisse espérer un autre monde. Tout peut encore arriver, même le meilleur.

  • Arrêtée en Juillet 1942 avec sa mère sur la ligne de démarcation, Francine Christophe est encore une enfant. Elle a presque neuf ans, l'âge des jours heureux quand elle est rattrapée par la folie nazie. Interrogée par la Gestapo, enfermée de prison en prison, ballotée de camp en camp, en France d'abord, elle est déportée en mai 1944 au camp de concentration de Bergen-Belsen. A son retour, quand elle essaye d'expliquer à ses camarades de classe ce que la guerre lui a fait, celles-ci la regardent, gentiment, mais tournent l'index sur la tempe, l'air de dire : elle est folle. La jeune Francine ne parle plus du cauchemar qui a duré trois ans.
    Aujourd'hui, les mots refont surface. Francine Christophe raconte ce qu'elle vu et connu. Les coups, le froid, la faim. Les familles qu'on sépare. Les enfants qu'on entasse dans des wagons à bestiaux. La maladie et la mort. Les travées boueuses où les cadavres pourrissent. La cruauté. Mais aussi l'amour, celui d'une mère et de sa fille, indéfectible, qui résiste à la guerre. Et des miracles, comme ce bébé qui voit le jour dans l'enfer de Bergen-Belsen et survit grâce à l'entraide et la fraternité des femmes.
    Pour que tous nous sachions et n'oublions pas ce que fut la Shoah.

  • La volonté de « civiliser » les populations colonisées grâce à l'école fut proclamée par les colonisateurs français mais qu'en fut-il réellement ? Cette enquête, effectuée à partir des archives coloniales, restitue les débats et les réalisations de la politique scolaire. Dès 1815, le projet colonial fut établi : les colonies devaient fournir des matières premières mais aussi être des débouchés pour les produits manufacturés de la métropole. La mission de l'école s'imposa :
    Apprendre le français, le calcul et quelques bribes de civilisation. Très vite, les limites apparurent, il fallait se garder de trop instruire. La volonté de dispenser un savoir pratique, de bannir un savoir trop intellectuel, de freiner la mobilité sociale provoqua les déceptions et la colère des colonisés.

  • Communisme ou barbarie, l'alternative est a` nouveau sous nos yeux, peut-e^tre me^me l'est-elle pour la premie`re fois a` ce degre ? d'acuite ? . Cette fois c'est la plane`te elle-me^me qui nous somme. Ou pluto^t la plane`te telle que nous nous la rendons a` nous-me^mes inhabitables. Sur ce front-la`, on ne tergiverse pas, on ne ne ? gocie pas, on n'atermoie pas. Le changement climatique est en marche et, pour la premie`re fois, la Covid-19 nous a fait apercevoir que nous n'aurions pas seulement a` en souffrir les canicules, les e ? pisodes me ? te ? orologiques extre^mes ou les pieds dans l'eau, mais e ? galement la libe ? ration de virus dont celui qui nous met presque a` genoux en ce moment est sans doute l'un des plus "be ? nins" .
    Pose ? e l'urgence de la situation, c'est l'urgence de penser la situation qui est pose ? e avec elle. Mais peut- e^tre "penser" n'est-il pas le mot le plus approprie ? quand il s'agit de donner le plus de chances a` la bonne branche de la bifurcation. "Imaginer" pourrait e^tre meilleur. Car la politique, de`s lors qu'elle n'a pas pour seule ambition de reconduire l'ordre des choses a` l'identique, au moment me^me ou` elle fait face a` l'obli- gation impe ? rieuse de faire advenir du radicalement diffe ? rent, la politique, donc, est affaire d'imagina- tion, au sens litte ? ral du mot : d'offrir des images.
    Ou des figures. Aller vers un avenir suppose de s'en e^tre donne ? des figures. C'est ce que ce livre s'essaye a` faire, a` partir d'une position de principes fondamentaux, dont le premier e ? nonce qu'une socie ? te ? communiste a pour devoir de relever les individus de la pre ? carite ? , de les libe ? rer de l'angoisse des lendemains dans laquelle le marche ? capitaliste, qui de ? tient toutes les donne ? es de leur reproduction mate ? rielle, les plonge ine ? vitablement - et l'effrayante crise sociale qui s'annonce a` la suite de la crise sanitaire se chargera d'en donner l'illustration.
    L'instrument de cette libe ? ration s'appelle "la garantie e ? conomique ge ? ne ? rale" . Elle est directement inspire ? e des travaux de Bernard Friot sur le "salaire a` vie" . Et se pose tre`s explicitement la question d'un nouveau mode de production, c'est-a`-dire des nouveaux rapports sociaux propres a` soutenir une division du travail de ? veloppe ? e en ses multiples e ? chelles : du local au global.
    Sous cette condition, tous les rapports sociaux peuvent e^tre repense ? s - et en l'occurrence les rapports du capitalisme abolis : rapport salarial, rapports de proprie ? te ? prive ? e des moyens de production, rapports financiers. C'est ici qu'aident les figures : a` donner des images de ces perspectives constamment renvoye ? es au registre de "l'utopie" . La` ou` les figurations progressent, les disqualifications par l'utopie s'effacent.
    Mais c ? a n'est pas tout d'avoir des figures : il faut aussi imaginer les trajectoires politiques qui permettent de les rejoindre. Au moins en poser les donne ? es fonda- mentales : le type de re ? sistance que la bourgeoisie opposera a` la disparition de son monde, le type de dynamique politique que cette re ? sistance appellera, le type de bloc social a` constituer pour pre ? valoir, notam- ment les alliances a` passer entre luttes anticapita- listes et luttes antiracistes, enfin la manie`re dont se rede ? ploie la question internationaliste.

  • Jean-Pierre Dupuy a tenu pendant la pandémie un « journal de pensée » d'un genre spécial : il réagit moins aux événements que nous avons tous vécus depuis le mois de mars 2020 qu'à la manière dont ces événements ont été analysés, discutés. Il le fait à la lumière de sa contribution majeure à la pensée de la catastrophe développée dans un livre fameux et souvent mal compris, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain (Seuil, 2002 ; 2004).
    Voici un livre de combat mû par la colère. La colère de voir des intellectuels relativiser la gravité de la pandémie en cours, s'engager dans une critique virulente de sociétés et de gouvernants qu'ils jugent obsédés par la « protection de la vie », au point de sacrifier l'avenir du monde, de l'économie et des libertés publiques. Avec rigueur et détermination, Jean-Pierre Dupuy leur répond et met au jour les erreurs logiques - et scientifiques - qui sous-tendent ces raisonnements, et propose par là même une réflexion passionnante et passionnée sur la mort et la vie au temps de la pandémie.

  • S'il n'est plus cautionné par la biologie ou l'anthropologie, comme il l'était à l'apogée de la période coloniale, le racisme est loin d'avoir disparu. Son énigmatique persistance puise ses ruses et ses raisons dans l'inconscient et dans les effets de croyance qui l'accompagnent. Ce livre part à la recherche des traces d'une vie psychique collective héritière d'une histoire largement tributaire des grands partages coloniaux, rendue illisible dans notre actualité postcoloniale.
    Pour s'orienter dans ces voies parfois tortueuses, il a fallu miser sur l'apport sous-estimé d'Octave Mannoni. Philosophe venu tardivement à la psychanalyse, il a évolué pendant un quart de siècle dans les colonies avant d'entamer un processus de « décolonisation de soi » coïncidant avec une tentative de décrire l'envers inconscient de la scène coloniale : sa cruauté mais aussi ses fragilités intimes, donnant à penser leurs effets de longue durée tant chez les anciens colonisés que chez les anciens colonisateurs.
    En redonnant une visibilité à ce trajet, ses échos, ses critiques et ses reprises, les auteurs explorent à partir de la mécanique du démenti les ressorts inconscients du racisme. Se dessine ainsi une histoire mineure de la psychanalyse française, qui avait affaire à la question raciale avant même que Fanon s'en saisisse ouvertement, et que Lacan annonce, une fois le cycle des décolonisations achevé, que « le racisme a bien de l'aveni

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