Andrés Barba

  • Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre notre narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d'intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l'arrivée d'enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d'où sortent tous ces enfants ? Quelle est cette langue qu'ils parlent et qui n'appartient qu'à eux ? D'abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l'ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d'événements ayant conduit au drame.
    Dans une échappée à l'ordre établi par les adultes, Andrés Barba nous invite à redéfinir notre idée même de l'enfance avec cette grande fable qui nous hantera longtemps.

  • Son père est mort sur le coup, et sa mère ensuite à l'hôpital. Marina a appris à dire cela calmement, sans émotions, comme elle dit son nom, le nom de sa poupée, également appelée Marina, et son âge. Ses parents ont été tués dans un accident de voiture et elle vit désormais dans un orphelinat, entourée d'autres petites filles. Mais Marina n'est pas comme les autres. Elle est à la fois marginalisée et objet de fascination. Dans ce monde de l'enfance, curieux, hyperréaliste, incroyablement sérieux, Marina et ses camarades jouent aux jeux du désire et de la lutte. Les rituels quotidiens de la récréation, du déjeuner et du coucher sont imprégnés d'horreur, une horreur mêlée aux flammes sombres de l'amour. Lorsque Marina présente à ses amies Marina La Poupée, elle enclanche un processus duquel les petites filles vont se retrouver prisonnières. Écrit dans une prose hypnotique, lyrique, alternant le point de vue de Marina, et le « nous » choral des autres orphelines, l'auteur évoque la douleur de la perte et le besoin de reconnaissance. Rappelant Daphne du Maurier, Shirley Jackson, Guillermo Del Toro et Mariana Enriquez, Les Petites Mains est un tour de force magnifiquement maîtrisé, une histoire à lire avant d'aller se coucher pour maintenir le lecteur éveillé.

  • Ce livre réunit deux courts textes d'Andrés Barba. Dans Août, octobre, la tension de l'adolescence de Tomás atteint son paroxysme lorsqu'il retourne, avec sa famille, dans le petit village où il a l'habitude de passer l'été. Là, les évènements s'enchaînent avec une force irrépressible à la suite de sa découverte soudaine de la sexualité et de la violence, de la mort et de la transgression. Lorsqu'il se regarde dans le miroir, Tomás voit quelqu'un dont les pensées ont toujours un temps de retard sur les actions, particulièrement quand une situation inconfortable l'oblige à faire des choses qu'il ne se pardonnera jamais. C'est le moment où il réalise qu'il doit affronter la seule personne en mesure de le juger, et lui pardonner. Août, octobre est l'un de ces rares romans qui ont le courage et la capacité de comprendre cet âge violent, ambigu et vulnérable qu'on appelle « l'adolescence ». Andrés Barba résout l'histoire grâce à une maîtrise psychologique qui a fait de lui l'un des plus grands auteurs de sa génération. Un mélange explosif qui allie Le Bel Été de Cesare Pavese et le personnage d'Elephant de Gus Van Sant.
    Dans Mort d'un cheval, un professeur et son étudiante, qui entretiennent une relation ambiguë, se rendent chez des amis à la campagne pour le weekend. Alors qu'ils sont sur le point d'arriver, ils se retrouvent sur les lieux d'un accident de la route dans lequel un cheval a été mortellement blessé. Les deux amants tentent d'apporter leur aide, ce qui mènera à leurs premiers désaccords mais également à leur premier vrai moment de tendresse. Grâce à l'analyse des douces tensions qui définissent les rencontres amoureuses, Andrés Barba décrit l'atmosphère fragile entre deux personnes.

  • La soeur de Katia, héroïne dont le nom et l'identité ne sont jamais mentionnés, appartient à une
    famille complètement déstructurée et désintégrée : père inconnu, grand-mère victime de perte de
    mémoire accélérée, mère prostituée et soeur strip-teaseuse puis droguée. En dépit de sa jeunesse,
    c'est à elle que revient la charge d'apaiser et d'adoucir l'ambiance familiale tourmentée et de
    s'acquitter des tâches ménagères. Son unique distraction consiste à regarder des documentaires
    animaliers à la télévision et à se rendre Plaza Mayor pour observer les touristes. Sans perspective
    d'avenir meilleur mais dotée d'une bonté instinctive et spontanée, elle est malgré tout heureuse, se
    contentant d'un mot, d'une attention ou de quelques mots échangés avec un inconnu. Une telle
    ingénuité peut néanmoins se révéler destructrice face au monde corrompu qui l'entoure. Ainsi
    rencontre-t-elle un jour un jeune Américain, John Turner, porteur d'un message religieux certes
    avenant, mais également risqué : « Dieu t'aime ». Eprouvant pour lui une attirance croissante au fil
    de leurs rencontres affables, la jeune fille se laisse charmer par le lyrisme envoûtant de ses
    endoctrinements. Mélange d'ingénuité et de subversion (elle porte un regard attendri, presque
    émerveillé, sur sa soeur pourtant en plein décadence, incapable de jamais la condamner), son
    personnage témoigne de l'indigence morale à laquelle peut conduire l'absence de repères et, par
    voie de conséquence, l'incapacité à élaborer des jugements sains. Si l'on suit le parcours de cette
    adolescente livrée à elle-même, elle constitue également le filtre à travers lequel nous suivons le
    parcours malheureux et misérables des êtres qui l'entourent. Le roman présente donc la crise, qui
    suppose un certain autisme chez l'héroïne, à laquelle elle est confrontée à l'adolescence, période
    de douloureuse découverte des déboires de la vie amoureuse autant que des supercheries de la vie
    sociale. Elle a 15 ans, elle ignore le mal, le sordide lui est invisible, elle est dans le ravissement des
    choses, même si elle sent confusément que la vie lui est hostile. Qu'importe puisque Katia est là...

  • De l'amour, de l'attraction physique et de la fascination : tels sont les sentiments qu'éprouvent Manuel et Verónica pour Teresa, jeune fille de quatorze ans. Mais Teresa n'est pas une adolescente comme les autres. Handicapée, elle se comporte à certains égards encore presque comme une enfant. Perpétuellement mutique, Teresa semble inaccessible. Elle devient progressivement le miroir, la caisse de résonance des sentiments et des paroles des personnes qui l'entourent.
    Manuel, trentenaire désorienté marqué par la mort de son père, fait la connaissance de Teresa dans un centre de vacances pour jeunes handicapés où il est moniteur. Il tombe amoureux d'elle. Ce sentiment perturbant, interdit, s'imposant à lui comme de l'extérieur, l'oblige à analyser à la fois l'idée même de l'amour et l'objet de son désir, Teresa.
    Verónica est la soeur aînée de Teresa. Elle vient de commencer ses études à l'université. À mi-chemin entre l'adolescence et l'âge adulte, elle est mal dans sa peau. Confrontée à certains événements qui jouent le rôle de rites de passage, d'initiation - comme la fin de son amitié fusionnelle avec Ana - elle évolue et est amenée à changer le regard qu'elle porte sur sa soeur. Elle s'éprend par ailleurs de Manuel, tout en connaissant les sentiments de celui-ci pour sa soeur...
    L'essence du roman se situe dans les méandres des pensées de ces deux personnages, dans leurs évocations intimes, leurs réflexions. Entre les points de vue alternés de Manuel et Verónica se dessine le portrait en creux de celle qui vit dans un monde de silence : Teresa.
    L'imbrication de ces deux amours pour elle, de ces deux versions de l'être inexplicable et hermétique qu'elle est structure ce roman dans lequel convergent à parts égales l'ivresse et le chant avec la panique, la mélancolie immense de vivre ou d'apprendre à vivre avec l'horreur de la transgression et l'acceptation de la culpabilité. Au centre, Teresa restera intouchée et intouchable, immobile, même quand tout se précipite autour d'elle.
    Andrés Barba aborde un thème sensible avec une grande délicatesse, et interroge l'amour, la culpabilité et les relations amoureuses, familiales et sociales dans un langage épuré, prenant et à bout de souffle.


    Andrés Barba est né à Madrid en 1975. Il est diplômé de Lettres. Il a publié son premier livre en 1997 El hueso que más duele. Il a représenté l'Espagne dans divers congrès de jeunes auteurs de fiction et de théâtre. Il a enseigné au Bowdoin College (États-Unis) et enseigne actuellement à l'Université de Madrid.
    Son écriture se caractérise par plume dure, noire, sans complaisance. Qu'il s'attaque à l'adolescence ou à la vieillesse et à la maladie, son écriture est d'une justesse rare. Il décortique les rapports familiaux et met à jour le désarroi de ses personnages avec délicatesse et maturité.
    Ses trois premiers romans traduits en français ont été salués par la presse à leur publication.


    " Versions de Teresa est une descente aux enfers. [...] Dans un style torrentiel et poétique, qui flirte parfois avec le lyrisme le plus cruel, Andrés Barba aborde un problème délicat et souvent occulté, sur un ton qui échappe à toute vulgarité. C'est un roman audacieux et vital, dont le mérite principal est sans doute d'éclairer, de comprendre les zones les plus obscures des passions humaines. " (Diego Gándara, La Razón) Sur Et maintenant dansez :

    " Andrés Barba nous mène dans le noyau des êtres, dans leurs contradictions, leurs mensonges, leurs impossibilités d'aimer, leurs échecs. Se jouant de la durée, des plans larges comme des détails, maniant en voyeur virtuose les scènes-chocs et les instants blancs, son écriture évoque théâtre et cinéma. Et maintient une intensité dramatique électrique et lourdement sensuelle, façon " thriller ", de Hitchcock à Pinter. Quand la folie révèle l'intolérable vérité des êtres... " (Fabienne Pascaud, Télérama) Sur La soeur de Katia et La ferme intention :

    " L'univers de Barba se déploie sur le bord du gouffre, autour de cette notion d'innocence inviolable qui jette sur les possibles un espoir éminemment suspect. On le lit comme un intrigant négatif d'un Almodovar qui s'attaquerait aux mêmes genres d'histoires et d'êtres humains, mais en délaissant les couleurs tapageuses et les clins d'oeil au kitsch pour la nudité cruelle du cinéma Dogma. " (Judith Steiner, Les Inrockuptibles) " La soeur de Katia est un livre d'une grande pudeur, qui détruit, ligne après ligne, toutes les facilités émotionnelles. Rêche et tendue, la peinture sociale ne sombre jamais dans le glauque, car elle est vue à travers la candeur de l'héroïne. Balançant à tâtons entre phrases courtes et phrases très longues, entre descriptions et dialogues, l'écriture restitue magnifiquement les troubles de cette jeune fille. L'histoire avance, le drame encore plus vite, et cette gamine se réfugie dans une béatitude dont on aimerait l'extraire. Pour la mettre face à la réalité. Mais elle la voit déjà, à sa façon. C'est triste, mais cela vaut un livre en état de grâce. " (Baptiste Liger, Lire) ??

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  • Ce roman présente le quotidien d'une personne âgée vivant à Madrid, qui est atteinte et très rapidement dévastée par la malade d'Alzeihmer. Pas de pitié ni de misérabilisme pourtant. En effet, cette femme devient le personnage clef du livre, non pas du fait de sa maladie, mais parce qu'elle est pour ceux qui l'entourent un catalyseur et une figure totémique qui leur donne sens. Sans elle, que vont-ils devenir ? Au fur et à mesure qu'Inès se décompose, la vie de chacun se déstructure et tous se trouvent ébranlés par la maladie. Tandis qu'elle perd la mémoire, elle force chacun d'eux à se demander ce qu'ils sont ou ce qu'ils ont été et qui se cache derrière le visage de ceux qu'ils ont
    cru connaître et aimer. D'où leur trouble, leur angoisse et leur urgence à comprendre et savoir pour pouvoir vivre en paix, sans endurer la maladie d'Inès. La famille apparaît comme un noyau dur prêt à éclater de par la fêlure de son pôle en la personne d'Inès. Mais le drame qui les touche leur offre aussi la possibilité de repartir sur de nouvelles bases. C'est avant tout une épopée affective et une fascinante étude sur l'irréversibilité de la maladie, en quatre mouvements, qui sont autant de marches gravies progressivement par les personnages jusqu'à l'assomption de la maladie qui affecte Inès. C'est aussi l'assomption du vide et de la solitude pour elle et son entourage, à partir de laquelle chaque personnage doit apprendre à se reconstruire et à réélaborer son existence.

    Andrés Barba est né à Madrid en 1975. Il est diplômé en lettres espagnoles. Il a publié son premier livre en 1997 El hueso que más duele. Il a représenté l'Espagne dans divers congrès de jeunes auteurs de fiction et de théâtre. Il a enseigné au Bowdoin College (Etats-Unis) et est actuellement professeur à l'Université de Madrid. Ses deux premiers livres traduits en français ont été salués par la presse à la rentrée de septembre 2006.

  • Trois nouvelles et un récit. Autant d'êtres isolés, incapables de communiquer avec le monde
    extérieur, en apparence anodins voire insignifiants, mais en réalité en proie à un tourbillon de
    sentiments qui les rend singuliers. Ces quatre personnages vivent dans l'obsession et dans la peur,
    victimes de traumatismes qu'ils se refusent à connaître et comprendre, solitaires endurcis
    incapables de nouer des contacts ou d'établir de véritables relations avec les personnes qui les
    entourent et pourraient les aider à vivre mieux. Dans Filiacion, une mère despotique et cruelle, en
    quête d'amour bien qu'elle-même incapable d'en donner, se morfond sur son lit de mort, loin de la
    beauté aristocratique qu'elle incarnait dans sa jeunesse. Autour d'elle se succèdent ses proches et
    circule le passé avec ses expériences traumatisantes et ses sentiments contradictoires. Dans
    Debiliamento, une adolescente perturbée par des scènes bouleversantes, à la fois réelles et
    irréelles, se replie dans l'anorexie avant de faire l'expérience de son homosexualité latente. A
    partir de ces bouleversements physiques et psychologiques qui complexifient sa relation au monde,
    l'auteur élabore une expérience amoureuse aux conséquences insoupçonnables. Nocturno n'est pas
    seulement l'histoire d'un homosexuel, mais surtout une nouvelle sur la solitude et la terrible et
    douloureuse conscience du temps. La relation amoureuse qui prend place entre un homme de 50
    ans et un jeune garçon de 20 ans ne fait que développer les remords, doutes et sentiments de
    culpabilité de l'aîné inquiet quant à la possibilité d'un avenir limpide. Maraton est également
    centrée sur la relation entre deux hommes. Mais le tragique laisse ici place au pathétique chez ce
    marathonien torturé par le succès et dévoré par la réussite. Obsédé par le succès cet être se
    fracasse en se réfugiant quasi maladivement dans la préparation exclusive de sa compétition
    jusqu'à en mourir.
    La solitude et la non-communication, la peur de ressentir et de faire ressentir, la faute et
    l'incapacité de pardonner sont autant de thèmes qui envahissent ces quatre textes autant qu'ils
    inondent la vie même. Le titre l'indique clairement (« la droite ligne », « l'intention radicale ») : les
    personnage se dirigent tout droit vers une fin insensée, seul dénouement possible pour des
    personnages aussi normaux qu'obsessionnels.

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