Kime

  • Afin que la pensée du philosophe Pierre Verstraeten circule, nous avons, sa fille Sarah Verstraeten et moi, opéré un choix de textes épuisés ou difficilement trouvables. De ses très nombreuses contributions, nous avons retenu un entretien avec Sartre, des questionnements relatifs aux problématiques de la liberté et de l'aliénation, de l'événement, de la possibilité d'une morale. Ces textes qui sondent les systèmes de Hegel, Sartre, Deleuze, Badiou, qui dialoguent avec la peinture de Maurice Matieu, avec le contemporain sous toutes ses formes (actualité politique, cinéma, littérature...) ne sont nullement des réflexions «sur» mais des explorations personnelles de problèmes philosophiques travaillés par la flamboyance d'une pensée jamais en repos. Au coeur des enjeux de sa pensée, la production d'une alliance entre la dialectique hégélienne, l'existentialisme sartrien et le vitalisme deleuzien.

  • Deux philosophes, Jean-Luc Nancy et Federico Ferrari abordent la question de la fin dans un texte en trois actes où la pensée interroge son continuel sentiment d'achèvement. D'une part nous sommes depuis longtemps dans un climat de "fin de... l'art, la philosophie, la politique, le monde..." D'autre part, ce motif qui a tant marqué une génération - en très gros 1970-1990 - se trouve lui-même mis en cause par une génération plus jeune qui lui demande : en avez-vous fini avec vos fins ? "Peut-être n'y a-t-il aucun commencement ni aucune fin, et toujours un entre-deux, toujours un passage, un milieu qui n'est pas un lieu mais un élément où ça flotte entre un début et une fin qui n'ont jamais lieu.
    Le commencement et la fin sont au milieu de tout, invisibles, rapides comme un double éclair obscur. Ni commencement ni fin n'existent. Ce sont chaque fois des artefacts, des projections d'un besoin de fixer des bornes, de tenir des points fixes. En réalité tout a toujours déjà commencé et tout continue toujours à finir."

  • "La nouvelle nous est parvenue que pas une étymologie de Heidegger, pas même Léthé et Aléthès, n'était exacte. Mais le problème est-il bien posé ?Tout critère scientifique d'étymologie n'a-t-il pas d'avance été répudié, au profit d'une pure et simple Poésie ? On croit bon de dire qu'il n'y a là que des jeux de mots. Ne serait-il pas contradictoire d'attendre une quelconque correction linguistique d'un projet qui se propose explicitement de dépasser l'étant scientifique et technique vers l'étant poétique ? Il ne s'agit pas d'étymologie à proprement parler, mais d'opérer des agglutinations dans l'autre-langue, pour obtenir des surgissements dans la langue".
    (Gilles Deleuze Critique et clinique, 1993, p. 122 à 124). Ces lignes de Deleuze expriment parfaitement et par avance l'objection que l'on pourrait opposer à notre ouvrage. Cependant, et tout en conservant à Deleuze un respect entier pour sa belle oeuvre, nous ne pensons pas que des "agglutinations" dans la langue suffisent à faire passer dans un registre poétique. Le détail de notre démonstration philosophique et philologique a voulu montrer que Heidegger, en faisant comme s'il "entendait" la pensée grecque de l'origine, est entré dans une région que ne peuvent plus atteindre ni philosophie, ni philologie, ni même poésie, parce qu'elle se retire dans l'invérifiable.

  • Deux paradigmes se disputent l'esthétique depuis sa naissance : le jeu et l'expression. En témoigne la disjonction initiale entre une esthétique du contenu (Hegel) et une esthétique du jeu avec les contenus (Schiller). Toutefois, cette disjonction n'a pas été suffisamment reconnue ni soupesée, comme l'attestent, d'une part, les réconciliations philosophiques du vrai et du jeu au cours du XXe siècle, fût-ce au profit d'une conception renouvelée de la vérité (de Heidegger à Gadamer) ; d'autre part l'équivoque avec laquelle nombre d'artistes contemporains croient se réclamer du jeu contre l'expression, alors qu'ils la réintroduisent presque toujours en sousmain et à leur propre insu.
    Ce cours se propose donc d'éprouver les chances, en esthétique, d'un paradigme bien compris du jeu : dans quelle mesure et jusqu'à quel point doit-on penser l'oeuvre d'art comme jeu, ainsi que l'expérience, créatrice ou réceptrice, qui lui est attachée ? dans quelle mesure et jusqu'à quel point, réciproquement, le concept de jeu s'accomplit-il dans la pensée de l'art ? Mais comme on n'abandonne jamais aisément, en esthétique comme ailleurs, le rapport au vrai et à la connaissance, et que la disjonction du jeu et de l'expression se défigure souvent en une alternative réductrice, la question de l'art doit se reformuler : s'il est juste que l'oeuvre nous renvoie toujours en quelque manière à nous-mêmes, cette réflexivité est-elle en dernier ressort théorique ou de l'ordre d'une étrange pratique ? Comment nous reconnaissons-nous dans l'art :
    Sur le mode mimétique ou sur le mode ludique ? Suffit-il d'en appeler à une expressivité joueuse, à un circuit où le jeu et le vrai se conditionneraient mutuellement ?

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