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  • Les animaux du Roi Nouv.

    Peut-on imaginer aujourd'hui le château de Versailles et ses jardins grouillant de vie animale ? Et pourtant les animaux de compagnie se comptaient par dizaines dans les appartements des princes, et jusqu'aux antichambres des rois, encombrées de niches : braques, épagneuls, carlins, singes vervets, chats angoras, aras et perruches ; la ménagerie abritait les animaux les plus rares, du coati au couagga, du casoar à la grue couronnée, que l'on surnommait l'« oiseau royal » ; le gibier était abondant dans le petit et le grand parc ; 2 000 chevaux logeaient à la petite et à la grande écurie, 300 chiens de chasse dans le grand chenil...
    L'ouvrage a pour ambition de faire revivre ce bestiaire, et de faire redécouvrir les hauts lieux de la vie animale versaillaise. Ainsi le merveilleux bosquet du Labyrinthe est évoqué par les fragments subsistants de ses fontaines sur le thème des fables d'Esope. Le décor du salon octogone de la ménagerie est lui aussi restitué.
    Les animaux eux-mêmes reviennent en foule à Versailles, car ils n'ont pas disparu sans laisser de traces : les meilleurs peintres du roi, de Bernaerts et Le Brun à Desportes et Oudry, ont fait les portraits des animaux exotiques, sauvages et familiers.
    Ils étaient tissés à la manufacture des Gobelins, mais aussi disséqués, gravés puis naturalisés à l'académie des Sciences et au Jardin du roi. On découvre ainsi le squelette du premier éléphant de Versailles, une éléphante offerte à Louis XIV par le roi du Portugal, qui vécut treize années à Versailles. Les chiens préférés des rois avaient aussi droit à leurs portraits avec leurs noms inscrits en lettres d'or : on fait connaissance avec Misse, Turlu, Tane, Blonde, Diane, Merluzine, Hermine et Cocoq... et même avec le Général, chat de Louis XV, portraituré par Oudry. Enfin on apprend la farouche résistance versaillaise à la théorie cartésienne des animaux-machines : dans le palais des rois de France, on n'a jamais douté que les animaux avaient une âme !

  • Initiée en 1984, la collection de photographies contemporaines du musée d'Art et d'Archéologie d'Aurillac se compose de quelques 750 tirages, datés de la fin des années 1960 à nos jours, et notamment d'un ensemble exceptionnel des années 1970-1980, constitué autour de la question de la couleur en photographie, axe principal d'acquisition du musée.
    Prenant appui sur cette collection, l'ouvrage propose de retracer l'histoire de la photographie couleur, des prémices de la reconnaissance culturelle et institutionnelle à partir de la fin des années 1970, jusqu'à son assimilation et généralisation dans les années 1980. Les textes qui le constituent explorent cette période brève et mal connue, quand la photographie artistique en couleurs accède aux murs des musées et galeries, auparavant réservés au noir et blanc.
    Alors que l'on fait habituellement débuter cette apparition en 1976 avec les expositions de William Eggleston et de Stephen Shore au MoMa de New York, cet ouvrage met en évidence le fait que cette histoire de la couleur est à la fois plus ancienne et loin d'être exclusivement américaine. Exactement dans les mêmes années, des photographes français, italiens, britanniques et japonais commencent à explorer la couleur et exposent en Europe comme aux États-Unis. Les échanges des deux côtés de l'Atlantique sont nombreux et les parcours de diffusion s'avèrent plus complexes qu'il ne semblerait de prime abord. Un livre indispensable pour mieux saisir les étapes de légitimation de cette production en couleurs, qui reste encore largement à redécouvrir.

  • En scène ! dessins de costumes de la collection Edmond de Rothschild Nouv.

    La collection du baron Edmond de Rothschild (1845-1934), composée de plus de 40 000 chefs-d'oeuvre du dessin et de l'estampe, de manuscrits et de livres rares, fut donnée au musée du Louvre le 28 décembre 1935. Joyaux parmi les plus secrets des collections artistiques du musée : 14 albums comptant 1 644 dessins ayant pour thème des costumes de ballets, de fêtes et d'opéras ayant été donnés en France pendant les xvie-xviiie siècles. Acquis à la fin du xixe siècle par le baron, ils constituent un fonds extraordinaire pour comprendre l'univers des fêtes et des spectacles sous l'Ancien Régime.
    Représentant pour la plupart des costumes de spectacles, ces dessins permettent de bien saisir toute la richesse des divertissements princiers pendant cette longue période. Partons à la découverte des spectacles équestres d'origine chevaleresque, qui perdurent jusqu'à la fin du xviie siècle, ou des tragédies en musique, données essentiellement pendant le règne de Louis XIV ;
    Redécouvrons un genre plus connu, celui des bals, ballets, mascarades et comédies italiennes, dont les cours princières à partir de la seconde moitié du xvie étaient friandes.
    L'ouvrage met en lumière des artistes variés, qu'il s'agisse de Primatice ou de son entourage, qui ont donné un certain nombre de feuilles pour des bals à la cour de Catherine de Médicis, ou des dessinateurs spécialisés dans le spectacle, tels Jean Bérain ou Henri Gissey. Ils font revivre, par leurs témoignages, des spectacles souvent inconnus ou oubliés du public et mettent en évidence le raffinement de cette société productrice et consommatrice de tels divertissements. Une manière aussi de mieux entrer dans le travail de ces dessinateurs, qui composaient à la fois un dessin technique, destiné à être tissé et cousu, et artistique, à la hauteur du faste des spectacles qui allaient se jouer.

  • Pour la somptueuse robe portée par Kate Middleton lors de son mariage avec le Prince William, qui a ébloui le monde entier, Sarah Burton, directrice artistique de la maison Alexander Mac Queen, a choisi l'exceptionnelle Dentelle de Calais-Caudry pour magnifier sa création.
    La « Dentelle de Calais-Caudry® » est, en effet, la marque d'une dentelle iconique, étoffe de rêve de haute facture et du glamour intemporel. Intimement liée à l'âme du chic à la française, elle est indissociable de l'élégance et de la féminité, sublimant, sous le talent des créateurs, les courbes du corps, comme en transparence la délicatesse de la peau. Infinie dans ses effets, elle se prête aussi à la créativité du design et de la décoration pour enchanter des univers tout en poésie.
    Sous cette appellation, une dizaine de maisons de dentelle, à Calais et à Caudry, perpétuent un savoir-faire historique aussi exceptionnel que remarquable. La fabrication de la Dentelle de Calais-Caudry, exclusivement sur métiers Leavers, est rendue possible grâce à la maîtrise d'un métier d'art unique au monde. Ce label certifie la spécificité de cette dentelle précieuse, tissée selon un procédé original et inégalé depuis deux cents ans d'entrelacements de fils. Il permet de distinguer la dentelle de luxe tissée à Calais et à Caudry des dentelles tricotées, beaucoup plus répandues.

  • « Un jour, vint un homme qui affirma : «Je ne veux pas peindre des anges, parce que je n'en ai jamais vu.» C'était Courbet. Il préférait représenter deux jeunes filles étendues sur les berges de la Seine. Il emmena ses modèles en plein air et les peignit.
    [...] Courbet a tourné une page et lancé la peinture vers cette nouvelle direction qu'elle suivit pendant des années. » Dans ce témoignage, Pablo Picasso attribue à Gustave Courbet la paternité de l'art moderne et du mouvement qui aurait radicalement bouleversé les codes de la représentation, de l'impressionnisme jusqu'au cubisme et ses suites. Cette place majeure interroge, tant Courbet reste une figure peu étudiée du Panthéon personnel de Picasso.
    Pourtant, le jeune peintre catalan découvre tôt la peinture du maître d'Ornans, dès son arrivée à Paris en octobre 1900, à l'occasion de l'Exposition centennale de l'art français. Courbet s'immisce par la suite chez Picasso doublement, à la fin des années 40, par la réinterprétation des Demoiselles des bords de la Seine, ainsi que par l'achat pour sa collection personnelle de l'étonnante Tête de chamois, bête à cornes rappelant le bestiaire picassien.
    Les liens entre ces deux figures révolutionnaires de l'art apparaissent étroits et féconds. Courbet et Picasso se rejoignent, en particulier dans leur rapport au passé comme source de la modernité, dans leur sensibilité à leur temps et leur engagement politique, ou encore dans leur trajectoire. Cette rencontre inédite vise, au-delà de la filiation réelle entre ces deux créateurs, indépendants d'esprit, à mettre en lumière ce compagnonnage.

  • Pendant deux siècles, la figure de Napoléon a dominé l'histoire européenne, mais aussi la perception générale que les peuples pouvaient se faire de cette dernière, non seulement en France mais aussi dans le reste du monde. Génie pour les uns, ogre pour les autres, Napoléon a été le sujet et l'objet de centaines de milliers d'images, d'oeuvres d'art, de livres puis de films, souvent engagés, qui ont durablement marqué l'histoire de l'art et de la culture. Les transformations sociales et politiques ont peut-être amoindri sa place explicite dans la pensée contemporaine, mais celle-ci reste vive parce que, au-delà de tout jugement de valeur, il a façonné un monde dont nous sommes, consciemment ou non, positivement ou négativement, les héritiers.
    Cet ouvrage permet de comprendre et de voir ce que les artistes d'aujourd'hui, de pays très différents, peuvent faire de cet héritage et de cette personnalité en tout point exceptionnels, avec une distance sans doute plus grande que celle des générations précédentes, mais avec une acuité peut-être redoublée.
    Certaines oeuvres présentent soit un rapport direct avec l'iconographie de Bonaparte (Laurent Grasso, Hervé Ingrand, Peter Saul, Julian Schnabel, Georges Tony Stoll, Yan Pei-Ming) et avec les événements napoléoniens (Fabrice Hyber, Kapwani Kiwanga, Alexander Kluge, Yan Morvan, Pavel Pepperstein), soit un rapport plus oblique à la figure napoléonienne et à son héritage (Adel Abdessemed, Marina Abramovic, Art & Language, Stéphane Calais, Hélène Delprat, Damien Deroubaix, Edgar Sarin, Assan Smati). Sont ainsi interrogés par les arts visuels quelques thèmes fondamentaux d'une histoire désormais nécessairement plurielle, comme le génie, l'exemplarité, la conquête, la virilité, l'insularité, la question raciale, l'identité nationale, etc.

  • Si le confinement nous a tous mis à l'isolement, cette expérience a eu un effet encore plus traumatisant sur Robert Combas. La mise en cage ce lion sauvage de la peinture, l'enfermement dans son atelier ce rebelle éclectique, a provoqué en lui un besoin de se donner de nouveaux complices, de nouveaux compagnons de jeux, de nouveaux alter ego. C'est ainsi que l'artiste a développé et renouvelé la thématique du portrait. Ce fut sa meilleure façon de combler ce vide social.
    En donnant naissance à ce qu'il appelle son «?labyrinthe de têtes?», Combas apporte une survie matérielle à tous ceux qui hantent son esprit, à tous ceux dont il a dû se séparer par la force des événements. Comme dans les portraits du Fayoum de l'Égypte antique, toutes les figures qui traversent sa pensée renaissent sous ses pinceaux et accèdent ainsi à une immortalité artistique. Combas se libère des codes picturaux classiques de la représentation de la figure humaine et dépasse les lois de l'apparence. Il privilégie l'expression de la subjectivité, tente de saisir l'ineffable pour rendre compte du fonctionnement de la pensée humaine lié aux mutations actuelles. Par le portrait, il ne veut pas capter une banale ressemblance mais s'attache à exprimer l'inquiétude, l'interrogation, le déplacement, la présence dans l'absence, le sujet face à l'impossible, le rêve, la force du désir et de l'amour, les mystères de l'inconscient, la traversée du miroir... Un ensemble époustouflant dans lequel le peintre pousse toutes ses inventions plastiques à leur paroxysme. L'éclatement des formes, le jeu sur les vues de face et de profil dans un même visage, la disparité des ethnies présentées, les trouvailles iconographiques et stylistiques marquées par un renouveau du dessin et une polychromie foudroyante, inscrivent ses figures dans la lignée des déformations géniales de Picasso, Giacometti ou Dubuffet. Elles signent de façon magistrale la modernité toujours renouvelée de Robert Combas.

  • Peintre, dessinateur et graveur actif à Ratisbonne, Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538) est un artiste majeur de la Renaissance germanique, même s'il reste moins connu que d'autres maîtres de sa génération, comme Albrecht Dürer ou Lukas Cranach.
    Cet ouvrage monographique vise à présenter la richesse et la diversité de l'oeuvre d'Albrecht Altdorfer, artiste doté d'une grande capacité d'invention formelle et iconographique, pionnier dans les genres du paysage et de l'architecture.
    Il met en exergue sa stature d'artiste de la Renaissance, à la fois très original et parfaitement au fait de la création artistique de ses contemporains.
    Tous les aspects de sa vie artistique sont étudiés, avec une sélection de dessins, gravures, peintures et objets. Le parti adopté est à la fois chronologique et thématique, tout en réservant des sections aux différents genres dans lesquels le travail d'Altdorfer a été particulièrement important et novateur, comme le paysage, l'orfèvrerie et l'architecture.

  • Théodule Ribot : une délicieuse obscurité Nouv.

    Nombreuses sont les collections publiques françaises à abriter une ou plusieurs oeuvres du peintre Théodule Ribot (1823-1891).
    Toutefois, son inscription si particulière dans la peinture de son temps restait à écrire. Aussi, cet ouvrage offre-t-il une plongée dans l'oeuvre de Ribot, à l'aune de la peinture de quelques-uns de ses contemporains et en regard de modèles anciens.
    Peintre autodidacte, affranchi et solitaire, Ribot n'était pas moins au coeur de la scène artistique de son temps, dont il partagea l'essentiel des Salons et des expositions provinciales. Beaucoup d'artistes, parmi lesquels Boudin, Roll, Fantin Latour, Gervex, Monet ou Raffaëlli, furent, du vivant de l'artiste, sensible à sa peinture, marquée par une forme éminemment singulière de réalisme.
    Le goût pour les traditions populaires, l'attention portée aux petites gens, la simplicité austère des objets et des lieux représentés, le choix d'une peinture ténébriste au puissant clair-obscur, sont quelques-unes des caractéristiques de sa peinture.
    L'artiste partage aussi avec certains de ses contemporains le refus de théâtraliser, une forme de réserve, de retenue bien caractéristique, qui dessine un point d'accord remarquable entre son oeuvre et sa vie, toutes deux également discrètes.
    L'ouvrage met aussi en lumière le lien qui relie les peintres réalistes à la tradition. Les grandes toiles religieuses de Ribot, ses portraits et ses natures mortes, tout comme sa manière de peindre - ces effets contrastés de lumière sur un fond sombre, ces rehauts vigoureux imprimés dans une pâte épaisse - témoignent de l'influence des maîtres espagnols sur son oeuvre.

  • Si plusieurs ouvrages ont déjà traité de l'importance de l'impressionnisme français pour la peinture, les rapports entre ces peintres venus des États-Unis pour étudier l'art français et leur rôle dans la découverte de Courbet par les collectionneurs et mécènes américains n'y était pas clairement évoqué. Il restait à l'expliquer. C'est précisément le but de ce livre.
    À l'origine de cette aventure américaine, il y eut le marchand d'art parisien, Paul Durand Ruel. Au début des années 1870, il décida, avec le soutien de la peintre, originaire de Philadelphie, Mary Cassatt, de «?... révolutionner ce pays de milliardaires?» et d'y faire entrer, entre autres, les plus belles oeuvres impressionnistes et les meilleures toiles de Courbet, dont beaucoup font, aujourd'hui encore, la gloire des grands musées américains et de prestigieuses collections privées. Flavie Durand-Ruel, historienne de l'art, descendante de l'illustre galeriste, et Mary Morton, conservatrice à la National Gallery de Washington, spécialiste de Mary Cassatt, nous rappellent le rôle essentiel de ces deux découvreurs de la jeune peinture française.
    Il fallait évoquer les connivences du peintre James Abott McNeill Whisler avec Courbet et les impressionnistes. Whisler fit son apprentissage au plus près de Courbet et tous deux partagèrent une passion commune pour Joanna Hifferman, la belle irlandaise qui posa pour eux. Isabelle Enaud-Lechien, maître de conférences à l'Université de Lille, auteur d'une thèse de doctorat sur Whisler, nous explique ici l'émulation qui le lia à Courbet.
    Enfin, l'intérêt pour cette peinture moderne provoqua chez beaucoup d'artistes américains l'envie de venir étudier en France et bientôt le voyage vers Paris se fit de manière presque obligée, comme autrefois l'on faisait le Voyage d'Italie. Ils s'installèrent auprès de maîtres, Gauguin à Pont-Aven ou Monet à Giverny. Puis ils rentrèrent chez eux et transmirent à leur tour ce qu'ils avaient appris mais en créant un courant plus personnel aux résonances nationales dont l'impressionnisme américain devait naître. Emily C. Burns, enseignante à l'Université d'Auburn en Alabama et professeur invitée à l'Université d'Oxford comme spécialiste de cet exode artistique, en retrace pour nous l'histoire.

  • Les émirs mérinides partagèrent avec leurs prédécesseurs le même amour pour les beaux bâtiments. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, ils choisirent Fès comme nouvelle capitale. Par sa dimension spirituelle et intellectuelle, la vieille cité les avait aidés à renforcer leur pouvoir et leur avait apporté du prestige. En moins d'un siècle, entre 1276 et 1358, elle s'agrandit d'une nouvelle ville palatine et elle se para de nombreuses mosquées, écoles coraniques, palais et demeures. L'art mérinide du XIVe siècle y déploie encore aujourd'hui toutes ses beautés et laisse admirer l'harmonie de ses lignes et de ses espaces, la luxuriance et le raffinement de ses décors, l'invention harmonieuse et mélodique de ses ornements, n'ayant ainsi rien à envier aux créations contemporaines des palais de l'Alhambra et du Generalife voulues par les souverains nasrides à Grenade.

  • L'ouvrage offre l'occasion de porter un nouveau regard sur un fonds d'images atypique au sein de la production visuelle des premières décennies du xxe siècle : les autochromes - premier procédé de photographie en couleur - et les films pris à Paris par les opérateurs des Archives de la Planète. Cette vaste et noble entreprise, imaginée par Albert Kahn (1860-1940), banquier, mécène utopiste et pacifiste, poursuivait l'ambition « d'établir un dossier de l'humanité prise en pleine vie », à un moment charnière de son histoire, à « l'heure critique » de changements aussi profonds qu'inéluctables.
    Le fonds « Paris » des Archives de la Planète participe pleinement de cette volonté de documenter le monde par la photographie.
    Avec près de 5 000 autochromes et 90 000 mètres de films, il constitue l'un des plus importants fonds d'images photographiques et cinématographiques du début du xxe siècle consacrés à la capitale.
    L'ouvrage montre les particularités de cette remarquable collection qui couvre, en images couleurs et films, plus de vingt ans d'histoire de la ville. Il souligne ses liens étroits avec les grandes questions urbaines qui ont accompagné sa mutation au cours de cette période, qui la façonnèrent en ville moderne, la délivrèrent du carcan des fortifications de Thiers, à la genèse du Grand Paris. Un parcours immersif, au coeur de l'image, propre à montrer le glissement d'une capitale intemporelle, en cours de patrimonialisation, estimant son passé, vers une métropole soucieuse de progrès, tournée vers l'avenir.

  • Alsace : rêver la province perdue ; 1871-1914 Nouv.

    Au XIXe siècle, à l'instar d'autres régions françaises, l'Alsace suscite un certain engouement de la part d'artistes « montés à Paris », et qui par l'entremise d'une riche production paysagère ou régionaliste participent de la diffusion de l'image de la région.
    À la suite de la guerre de 1870-1871, la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, puis l'effondrement du Second Empire, font de ce que l'on appelle désormais les « provinces perdues » un élément de cohésion nationale porté par la Troisième République naissante. Bouleversé en tant qu'Alsacien par cette perte, le peintre Jean-Jacques Henner prend une part active dans ce souvenir par l'entremise de son chef-d'oeuvre, L'Alsace. Elle attend, commandé à l'initiative de l'épouse d'un industriel de Thann et offert à Léon Gambetta. Ce tableau, qui lui apporte la gloire, devient rapidement emblématique de la souffrance de l'Alsace, réelle, ou supposée. En effet, passées les réactions suscitées dans les mois qui suivent le traité de Francfort, le souvenir de l'Alsace tend à se figer, largement entretenu par les nombreux Alsaciens installés à Paris. Qu'ils y résident de longue date ou qu'ils aient « opté » pour la France en 1871, nombre d'entre eux nouent des liens de sociabilité dont l'importance culturelle, politique et économique est bien réelle. Une image idéalisée et stéréotypée, voire fantasmée, se diffuse largement dans toutes les couches de la société, sans plus nécessairement de lien avec la réalité de la province, désormais rattachée à l'Empire allemand. L'ouvrage interroge la construction et la diffusion de cette image des « provinces perdues » à travers des oeuvres présentées aux Salons, mais également à travers l'imagerie populaire.

  • Jules Perahim (1914-2008) représente l'une des figures les plus marquantes de l'avant-garde roumaine des années 1930. Il se fait connaître autant par sa collaboration aux revues non conformistes, d'esprit dada et surréaliste, Unu (dont le principal contributeur est Victor Brauner) et Alge (fondée entre autres avec le poète Gherasim Luca), que par ses expositions personnelles et ses dessins virulents publiés dans des revues de contestation sociale et politique.
    En 1938, en route pour Paris, il s'arrête à Prague, y rencontre les milieux de l'avant-garde tchèque, qui lui organisent une exposition personnelle, mais l'avancée des nazis en Europe centrale l'empêche de continuer son voyage. Après la Seconde Guerre mondiale, ses convictions profondes d'un changement nécessaire de la société roumaine se voient ébranlées avec le temps par un climat hostile à la création libre. Pendant des années, il se consacre donc uniquement aux arts décoratifs, à la scénographie et à l'illustration de livres tout en pratiquant pour sa « nécessité intérieure » un art « pour le tiroir ».
    À la fin des années 1960, marquées par l'ascension du national communisme, Perahim quitte la Roumanie, refait sa vie et s'établit à Paris. Sa création prend alors son envol dans la continuité des rêves qu'il avait abandonnés. Il devient le peintre épanoui et prolifique d'une oeuvre poétique et énigmatique, d'une imagination foisonnante pleine de fantaisie et d'humour.
    Cet ouvrage, faisant la part belle aux peintures et aux dessins de l'artiste, s'articule autour de ces deux moments forts de création dans la carrière de l'artiste : le temps de l'avant-garde à Bucarest, durant les années 1930, puis, à partir des années 1960, le renouveau des années parisiennes qui correspondent au plein accomplissement de son art.

  • Guy Rottier : architecture de l'errance Nouv.

    L'ingénieur et architecte Guy Rottier (1922-2013) est l'auteur d'une oeuvre multiple et inclassable, dans laquelle dialoguent art et architecture, poésie et technique. Avec un style insolite, fulgurant et sans compromis, il entendait renouveler radicalement le langage architectural au même titre que les modes d'habiter. Espiègle, fantasque, libre, Guy Rottier a défendu sa vie durant une approche de l'architecture plus joueuse que divertissante, plus enfantine que puérile, défiant toutes les lois - celles de la tradition comme celles de la gravité -, pour instiller dynamisme et mouvement dans l'ordre trop sclérosé de ce monde.
    Maisons de vacances volantes ou maisons en carton, véritables manifestes contre les habitations saisonnières en faux-style régional regroupées en un même lieu ; maisons enterrées, qui apportent des réponses peu onéreuses au problème du logement des années 1960 ; maisons évolutives « escargot », dont la structure en spirale permet le rajout de pièces en fonction de l'accroissement de la famille... tous ses projets, pensés au plus près des besoins des hommes et soucieux de préserver l'environnement, conjuguent ingéniosité et truculence.

  • L'éminent marchand d'art, grand collectionneur et richissime David Nahmad, dont la fortune est estimée à 1,8 milliard de dollars selon le magazine Forbes, a constitué avec son frère Ezra l'une des plus importantes et prestigieuses collection d'art privée du monde.
    La collection de la famille Nahmad est riche de plusieurs milliers d'oeuvres et chefs-d'oeuvre, signés des grands noms de l'art moderne, depuis les maîtres du pré-impressionnisme et de l'impressionnisme (Boudin, Monet, Renoir, Sisley, Degas), en passant par les Fauves (Marquet, Dufy), les cubistes (Braque, Gris), l'École de Paris (Modigliani, Kisling, Pascin), sans oublier trois cents Picasso (la plus importante collection privée du peintre, en dehors de celle de la famille Picasso). Ces toiles sont régulièrement prêtés aux grandes institutions françaises et internationales.
    Ainsi, à l'occasion des 150 ans de la naissance d'Henri Matisse, les Nahmad font l'honneur de manifester leur soutien au musée Matisse de Nice en prêtant, pour une durée d'un an, les dix-sept peintures d'Henri Matisse qu'ils ont réunies au fil des années. Un ensemble exceptionnel à découvrir.

  • Eugène Viala (1859-1913) était à la fois peintre, écrivain et graveur, mais c'est surtout dans la gravure à l'eau-forte que son art se développe dans une véritable singularité. C'était une nature indomptable et rebelle, un être tourmenté, indépendant, en marge de la société. Misanthrope et solitaire, croyant anticlérical, libre penseur anarchiste, il se définissait avant tout comme un grand amoureux de la nature. Ses gravures ont pour sujet privilégié certains aspects austères de sa terre natale, le Lévézou : mornes landes où un étang semble une lumière, pierres effondrées dans la désolation des ravins déserts, clochers perdus dans un crépuscule de rêve, humbles maisons du Rouergue. Il avait une prédilection marquée pour les figures d'arbres tourmentés, luttant contre les éléments. Ses estampes sont marquées d'une noirceur presque diabolique. L'angoisse et l'obsession de la mort sont omniprésentes.
    Il y a dans sa manière une grande profondeur, de l'âpreté, et beaucoup de tristesse. La dimension fantastique et visionnaire de son oeuvre inscrit Viala dans la filiation des peintres-graveurs du XIXe siècle qui, de Francisco de Goya à Odilon Redon, furent adeptes du pouvoir suggestif des noirs de l'encre.

  • Couleur du paradoxe, le noir est-il une absence de lumière, un vide, ou une somme réjouissante de toutes les couleurs, un éblouissement ?
    Soleils noirs plonge le lecteur dans l'observation fascinante de cette tonalité au symbolisme pluriel dans les arts occidentaux, de l'antiquité à nos jours. Une immersion qui débute par une expérience du noir familière, grâce aux représentations artistiques de thématiques omniprésentes dans l'histoire de l'art, comme la nuit et son ciel noir.
    Si la plongée dans le noir constitue une expérience physiologique connue de chacun, la couleur noire forme un élément structurant mais ambigu de la représentation du sacré, à la fois couleur de tous les commencements, de l'infini, de l'intemporel, mais aussi celle de la mort et de l'ignorance. Il y a dans cette ambiguïté autant de crainte que de fascination, tous deux ferments du sentiment mélancolique, chers aux artistes pour sublimer dans leurs créations la beauté et la sensualité du noir.
    Couleur codifiée dans la vie et la mode, le noir constitue dans les portraits de l'Europe moderne un luxe social, une marque d'élégance ou le marqueur d'une fonction, autant qu'un plaisir pour le peintre. Le noir devient ainsi la couleur emblématique des modernités industrielle et esthétique. Elle s'affranchit au point de devenir une substance plastique sans cesse interrogée, comme en témoignent l'Outrenoir de Pierre Soulages ou le Vantablack d'Anish Kapoor.

  • Entre mai et juillet 1812, un archéologue de renom, Aubin-Louis Millin, se fait accompagner d'un peintre et d'un écrivain pour parcourir la Calabre sauvage, où quelques années plus tôt sévissait encore le célèbre bandit Fra Diavolo.
    Franz Ludwig Catel, peintre et dessinateur romantique allemand, a ainsi réalisé plus de 160 dessins à la plume ou repassés à l'encre - images des monuments et des sites de l'Antiquité - de cette région splendide et alors méconnue, que de son côté, Astolphe de Custine, le fils d'une amie de Chateaubriand, a décrite en adoptant souvent les mêmes perspectives que celles du peintre. Un regard croisé entre littérature et beaux-arts.

  • À partir d'un socle iconographique originaire de l'Inde, puis diffusé dans l'ensemble des pays asiatiques - de l'Afghanistan au Japon et de la Chine à l'Indonésie -, la mise en image de la vie du Bouddha historique constitue une part essentielle des arts religieux du monde extrême-oriental. L'ultime existence terrestre de celui que l'on désigne indifféremment comme l'Éveillé (Bouddha), le Bienheureux (Bhagavant) ou encore le Sage du clan des Shâkya (Shâkyamuni) a donné lieu à d'innombrables oeuvres immédiatement identifiables.
    L'ouvrage se propose donc de mettre en exergue la richesse des traditions iconographiques et stylistiques se rapportant à la représentation de la vie exemplaire et édifiante du fondateur de la quatrième religion au monde en nombre de fidèles. Narrant le destin d'un homme aux qualités intellectuelles et morales exceptionnelles, la vie du Bouddha se déroule telle une geste de l'esprit, tour à tour concrète et banale ou miraculeuse et transcendante.
    Sans omettre de rappeler les circonstances de l'apparition du bouddhisme en Inde, aux environs du V e siècle avant J.-C., ni d'évoquer la teneur de la « bonne Loi » et les principales évolutions doctrinales qui ont marqué son développement - boudd- hisme ancien (theravâda), bouddhisme du grand Véhicule (mahâyâna) et bouddhisme du Véhicule de diamant (vajrayâna).

  • Promenade des Champs-Elysées, place Vendôme, Palais des glaces, hippodrome de Chantilly... Les gravures à l'eau-forte et à l'aquatinte en couleurs de Pierre Gatier nous invitent à entrer dans le sillage des élégantes Parisiennes de la Belle Époque et à les suivre sur les lieux de rendez-vous alors en vogue. Une attention toute paticulière est portée aux toilettes de ces dernières, des chapeaux jusqu'aux bottines. Aussi, l'ouvrage revient-il sur les liens qu'a entretenu l'artiste-graveur avec le couturier Jacques Doucet et avec la mode de son époque. Mais Pierre Gatier n'est pas que le peintre de la bonne société ; fils et petit-fils de marins, il s'est aussi intéressé à la mer et aux bateaux.
    1915-1918. La guerre marque une rupture dans l'oeuvre de Pierre Gatier. Les linoléums qu'il produit alors traduisent la dureté des temps. Ils contrastent stylistiquement et de manière radicale avec ses aquatintes en couleurs de la vie parisienne.
    Une nouvelle rupture marque à nouveau son oeuvre de l'après-guerre, avec l'adoption d'un style plus graphique, au burin et à la pointe sèche. Gatier grave alors exclusivement au trait et en noir, souvent en hachures parallèles. Il prend pour sujets des lieux parisiens, notamment de spectacles, et surtout des scènes rurales, des paysages du Val-d'Oise, de montagnes, ainsi que des marines.
    Nous partons à la découverte d'un artisan passionné, qui parvint à révéler toutes les potentialités expressives des différentes techniques de gravure qu'il aborda : aquatinte, eau-forte, linogravure, burin et pointe sèche.

  • Groupe d'architectes italien parmi les plus influents de sa génération, Superstudio a profondément renouvelé, entre 1966 et 1978, le langage et l'imaginaire de l'architecture, ouvrant la discipline à des pratiques conceptuelles et anticipant par le photomontage l'avènement d'un urbanisme du réseau et de la communication totale.
    Fondé en 1966, à Florence, par Adolfo Natalini et Cristiano Toraldo di Francia, et rejoint ensuite par Gian Piero Frassinelli, Roberto et Alessandro Magris ainsi que par Alessandro Poli, Superstudio s'impose avec des projets devenus iconiques sur le devant de la scène radicale mondiale.
    Si les Histogrammes (1969) et le Monument continu (1969) ironisent sur l'échec de l'architecture fonctionnaliste en réduisant l'architecture et le design à une forme de « neutralité absolue », Superstudio prône le retour aux Actes fondamentaux - la Mort, l'Amour, la Cérémonie, l'Éducation et la Vie - pour concevoir la ville et l'habitation comme un rite permanent : « Toute architecture sur la terre est un édifice pour une cérémonie inconnue ».
    L'ouvrage emprunte les chemins conceptuels du groupe afin de donner à voir autant la chronologie de l'oeuvre qu'une transversalité intellectuelle pour saisir l'impact de cette pensée sur les fondements de l'architecture. Il présente aussi de manière exhaustive les formes fictionnelles d'écriture de l'architecture et offre un catalogue raisonné des oeuvres du groupe.

  • Blessés, mutilés, torturés, violés, tués, obligés de fuir, soumis aux privations, témoins des violences subies par leurs proches ou de la mort de ceux-ci, enrôlés de force ou depuis toujours condamnés à vivre dans une société guerrière, les enfants ont une expérience totale des violences de masse, une mémoire et une parole à part entière.
    Bien loin des «?direct live?» de nos écrans, l'image dessinée est arrêtée. Le temps est suspendu. L'hypermnésie du traumatisme va parfois figer l'instant de l'attaque dans une image aux détails presque photographiques. Les tracés des trajectoires des balles et des bombes nous disent la cible précise dans les scènes d'attaque. L'instant de la mise à mort est partout représenté, comme le sont les armes qui l'infligent -?machettes, avions, hélicoptères, bombes, barils explosifs, véhicules blindés, fusils d'assaut... Les corps sont omniprésents. Les corps dans la fuite, dans l'effroi, cet au-delà de la peur. Les corps abîmés. Les corps morts.
    Ces dessins montrent, tout comme ils nous aident à faire d'un insoutenable un imaginable. Car si ces corps abîmés avaient été photographiés, nos yeux auraient fui l'image. Dans la figuration dessinée, nous pouvons les regarder. C'est notre relation à la violence et à sa représentation qui est questionnée. Si le dessin peut créer une distanciation, la puissance graphique et narrative des enfants a toutefois le pouvoir de nous affecter profondément. En cela, elle participe aux mémoires plurielles des sociétés, à la documentation sur les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocides, à nos défis de justice internationale.

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