Olivier Christin

  • La cause des autres : une histoire du dévouement politique

    Olivier Christin

    • Presses universitaires de france
    • 15 Septembre 2021

    Nous voyons ou entendons parler tous les jours d'hommes et de femmes qui sont prêts à renoncer à leur intérêt immédiat, à leur confort, à leurs proches, et à prendre des risques, pour autrui. Et pour un autrui qu'ils ne connaissent même pas : des malades dont ils ne savent pas le nom, des SDF qu'ils veulent soulager, des migrants ou des otages qu'ils veulent sauver mais qu'ils n'ont jusque-là jamais rencontrés. Ils agissent avec dévouement et désintéressement alors que rien ne les y oblige en aucune façon. Pour que nous puissions comprendre leur engagement civique ou humanitaire, il fallait faire l'histoire de cette idée qu'il est possible de renoncer à soi-même pour autrui, de se sacrifier pour le bonheur de l'humanité, de faire de la souffrance et du chagrin une arme politique. Ce livre part donc de l'invention des héros civiques à Rome à la fin de la République et les suit à travers l'histoire, de l'humanisme italien à l'activisme révolutionnaire en passant par le culte de la gloire des monarchies européennes et la naissance du concept d'humanité.

  • L'élection n'a pas toujours été tenue pour le moyen le plus équitable, le plus efficace et le plus transparent de distribuer les charges et les honneurs publics ou de désigner ceux qui devaient contribuer à la fabrication de la Loi. Longtemps, d'autres systèmes ont joui d'un prestige égal sinon supérieur, qu'il s'agisse du tirage au sort, de l'hérédité, de la cooptation ou de l'appel à l'Esprit Saint.
    Les élections existaient pourtant, dans d'innombrables lieux et institutions : les villes et les villages, les ordres religieux et les conclaves – où agissait justement l'Esprit Saint – les universités et les académies. Mais elles servaient en réalité d'autres fins que la sélection des meilleurs représentants et la juste répartition des charges, comme la reproduction sociale des élites, la défense de l'orthodoxie... Elles n'avaient finalement pas grand-chose à voir avec la démocratie.
    C'est ainsi l'idée d'un progrès linéaire des institutions représentatives depuis la fin du Moyen Âge jusqu'aux révolutions du XVIIIe siècle que met en cause Olivier Christin. Une contribution importante aux débats contemporains sur la démocratie représentative.

  • Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines

    Olivier Christin

    • Métailié
    • 3 Février 2011

    "Bien des expressions qui désignent des groupes sociaux, des idéologies, des manières de concevoir le temps ou l'organisation du monde qui nous entoure nous paraissent parfaitement naturelles et ne poser a priori aucun problème à qui voudrait les traduire et les appliquer à d'autres contextes que ceux dans lesquels elles sont nées.
    Mouvement ouvrier, avant-garde, intelligencija, laïcité, travail ou encore histoire contemporaine font ainsi partie de ces mots ou de ces expressions qui semblent aller de soi et dont il n'est pas vraiment utile de connaître l'histoire pour les utiliser à bon escient. Pourtant, il n'en est rien.
    Ces termes s'exportent mal et chaque fois qu'on le fait dans l'usage courant ou le travail scientifique, ils multiplient les chausse-trappes et les faux-semblants dans lesquels on finit par ne plus savoir de quoi on parle.
    Sommes-nous toujours bien d'accord sur ce que nous entendons par Occident, humanitaire ou administration et lorsque nous faisons voyager ces mots par-delà les frontières ?
    C'est à rendre étranges ces expressions faussement évidentes, à en faire des objets de questionnement tout autant que des outils qu'on ne regarde plus tant ils paraissent banals que veut contribuer ce dictionnaire.
    Une vingtaine de spécialistes européens, sociologues, ethnologues, historiens ou historiens d'art sont pour cela conviés à leur chevet pour en décrire les cheminements complexes et en proposer un usage réfléchi."

  • Chercher Dieu jusqu'au bout. Jusqu'à se perdre, jusqu'à humilier, frapper ou mutiler son corps pour prendre congé du monde et libérer son âme, jusqu'à attendre la mort avec impatience et couper toute relation inutile avec ses semblables, y compris sa famille, jusqu'à se plier aux règles les plus strictes et les plus arbitraires pour s'interdire toute liberté et toute marge d'interprétation. Certaines expériences religieuses présentes ou passées conduisent à ces comportements de rupture excessifs et peut-être compulsifs. C'est à retracer l'une des plus spectaculaires d'entre elles - celle des mystiques et des saintes sans Église du XVIIe siècle - et à en montrer les prolongements contemporains dans un monde partiellement déchristianisé que s'attache ce livre.

  • Le Roi-Providence

    Olivier Christin

    • Larhra
    • 23 Juin 2020

    Trois oeuvres d'art françaises de la fin du xvie siècle et du début du xviie siècle, différentes dans leur technique et dans leur destination, mais présentant une même curiosité iconographique déroutante : un portrait très précis du roi au milieu d'une scène religieuse en apparence banale. Peut-on y retrouver des références précises aux enjeux politiques et confessionnels de la sortie des guerres de religion et de la construction de l'absolutisme, sans renouer avec les vieilles lunes interprétatives de la « propagande royale » ou de la « rationalisation religieuse » du pouvoir ? Peut-on, au prix de la restitution minutieuse de leurs conditions de production, de réception et de fonctionnement, retrouver le rôle efficace qui fût le leur ? C'est à ces questions qu'entend répondre ce livre, proposant trois enquêtes qui prennent pour fil directeur des oeuvres peu ou mal connues : les Puys amiénois, le retable d'émail du Musée des Beaux-Arts de Lyon, les chartes de mariage lyonnaises. La présence des premiers Bourbon n'y doit en effet rien à une quelconque exigence du roi ou de ses agents, à une commande officielle : elle s'explique par les stratégies que certains acteurs mettent en oeuvre pour négocier leur rôle dans le redressement du royaume et concilier au mieux conviction catholique et fidélité monarchique.

  • La fracture religieuse du XVIe siècle ne fut pas constituée que de querelles de clercs et de professionnels de la foi. Elle bouleversa aussi la vie des fidèles et fit très vite à chacun l'obligation de se déterminer, avec plus ou moins de courage et de clarté, et donc d'affirmer sa foi, par la parole bien sûr, mais aussi par d'innombrables gestes de la vie quotidienne. Débats publics soigneusement organisés, querelles de tavernes, disputes de marché, nécrologies, portraits et médailles des réformateurs devinrent ainsi autant d'occasions et de moyens de confesser sa foi à Dieu, à soi-même et aux autres, de dire ce que l'on croyait et comment.C'est à retracer ces lieux et ces signes de la construction moderne des identités confessionnelles, en France mais aussi dans l'Empire et en Suisse, que s'attache ce livre, adossé à une ample documentation inédite en français.

  • Défendre les libertés publiques

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    • Presses universitaires de france
    • 10 Novembre 2021

    La démocratie ne l'a pas emporté une fois pour toutes, y compris dans les pays occidentaux où elle pourrait sembler la mieux assurée. L'emballement des politiques sécuritaires sous le choc du terrorisme, la progression des nationalismes et de la défiance à l'égard des minorités et des migrants, le développement de nouvelles techniques de surveillance et de traçage des populations, toujours plus véloces que les textes législatifs qui devraient en règlementer les applications, l'impatience des exécutifs qui veulent afficher toujours plus vite leur bilan, même s'il faut pour cela contourner ou bousculer les Parlements, l'ont montré au cours des dernières années. Il est utile d'en citer des exemples pour rappeler avec eux que la démocratie est un bien fragile, qui ne peut être conservé sans vigilance ni engagement constant des citoyens.
    C'est à décrire les fragilités et les menaces aujourd'hui les plus manifestes, en France, en Italie, en Suisse, en Espagne, que s'attachent les textes de ce livre d'intervention et de mobilisation, mais aussi à recenser les forces militantes et citoyennes nouvelles qui semblent capables de leur apporter une réponse collective. Il y a urgence.
    Avec Mireille Delmas-Marty, Jean-Marie Delarue, William Bourdon, Etienne Piguet, Miguel Gotor, Francesca Romana Guarnieri et Michaël Foessel.

  • Dans le discours public, la république et ses « valeurs » sont invoquées en permanence, suscitant souvent l'indifférence et parfois l'irritation.
    Devant ce constat, il importait de redonner du sens aux mots, car la vie démocratique et la construction de l'intérêt général sont aussi une affaire de langue. Comment poursuivre une forme ou une autre de « vivre-ensemble » sans se parler et sans se comprendre ?
    Ce livre fait donc le choix de donner la parole à des chercheurs européens qui interrogent les mots de la République et du républicanisme dans une perspective internationale et sur la longue durée, des démocraties grecques aux enjeux contemporains.
    Son ambition : inviter le lecteur à prendre du recul et à penser la République non comme un dogme, mais comme un objet vivant où doivent se conjuguer l'intérêt commun et la liberté de tous.

  • Cet ouvrage rassemble un peu plus d'une quinzaine de contributions sur la place de l'enfant au coeur de la société européenne du xvie au xviiie siècle. Prononcées à l'occasion d'un colloque tenu à Lyon en juin 2005, elles sont un hommage à Jean-Pierre Gutton autant qu'un état des problématiques actuelles sur la question de la petite enfance. Des orphelins sans refuge aux monarques en herbe, des vertueuses enfances de saints aux pauvres adolescences des villes, des marâtres sans coeur aux pieuses fondatrices d'oeuvres, des prêtres soucieux de catéchèse aux médecins intéressés par la santé publique, tout un univers enfantin ou préoccupé de questions enfantines s'offre à l'analyse d'une identité sociale aux limites trop souvent insaisissables. L'enfance, conçue comme un temps de la vie, conçue également comme une manière d'être au monde sous le regard de l'adulte, se voit ici déclinée dans son rapport au catholicisme et à la maladie. Cette enfance est vue de salut par sa contemplation d'abord, grâce à sa personnification dans la Trinité ou dans la Sainte Famille. Elle l'est aussi par l'engagement dévot et sincère qu'elle présuppose, que ce soit dans l'assistance aux pauvres ou dans l'éducation. Pour tout cela, mais aussi en raison de sa fragilité irréductible face à un monde jugé souvent hostile, cette enfance est cause d'inquiétude et de combats. Que l'on considère ces jeunes chrétiens captifs en terre musulmane aussi bien que ces petites vies confrontées à des mises en nourrice systématiques ou aux assauts de la variole, l'adulte se montre au fil des siècles de plus en plus soucieux de protection, tant spirituelle que médicale. Cet ouvrage invite donc à suivre des itinéraires originaux et multiples mais qui, pour la plupart, mettent en scène des soucis similaires de protection et d'éducation, dans l'espoir de préparer l'enfance à l'entrée dans le monde des adultes.

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