Langue française

  • Périclès

    Vincent Azoulay

    Dans la culture occidentale, Périclès a le rare privilège de donner son nom à un «  Siècle  », incarnant l'apogée politique et culturel du monde grec. Pour autant, faut-il croire l'historien Thucydide lorsqu'il soutient, à propos d'Athènes  : «  C'était, de nom, une démocratie, mais, en fait, le premier citoyen exerçait le pouvoir  »  ? Périclès régna-t-il en souverain sur des masses consentantes ou ne fut-il qu'une marionnette actionnée par le peuple  ? De Thucydide à Plutarque, de Voltaire à Rousseau, de Grote à Duruy, les auteurs anciens et modernes se sont interrogés sur les relations nouées entre le stratège et la communauté athénienne. Périclès, chef tout-puissant ou simple ventriloque des aspirations populaires  ? Telle est l'énigme que cette enquête historique et historiographique s'emploie à résoudre.
    Vincent Azoulay propose ici une nouvelle édition revue et  augmentée de son Périclès, ouvrage salué par la critique et  récompensé par le prix du livre d'histoire du Sénat.

  • Cette enquête repose sur un pari audacieux : faire la biographie de deux statues parmi les plus célèbres de l'Antiquité, les Tyrannicides.
    Représentant les meurtriers du tyran Hipparque en pleine action, ces statues érigées sur l'Agora d'Athènes ont eu un destin exceptionnel : tour à tour vénérées, outragées et imitées, elles ont connu alternativement des moments de gloire et d'épreuves qui, loin d'affaiblir leur rayonnement, en ont fait de véritables icônes de la démocratie athénienne. Et les Tyrannicides ont résisté à l'usure du temps : ils n'ont cessé d'alimenter des discours, de déclencher des chants et d'inspirer des images tout au long de l'histoire antique. À l'époque romaine encore, les effigies des deux amants meurtriers continuaient de susciter le débat, voire d'inquiéter – sans doute parce que leur image pouvait apparaître comme un appel détourné au meurtre de l'empereur.
    En reconstituant la vie mouvementée de ces statues, de leur naissance jusqu'à leur disparition, Vincent Azoulay révèle qu'elles sont bien plus qu'un simple reflet : un symbole agissant, qui modèle et fait l'histoire. Chemin faisant, c'est un pan entier de l'histoire des cités grecques qui se dévoile sous une nouvelle lumière.
    Maître de conférences d'histoire grecque à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, membre junior de l'Institut universitaire de France (2010-2015), il est l'auteur d'un livre remarqué sur Xénophon (Xénophon et les grâces du pouvoir. De la charis au charisme, Publications de la Sorbonne, 2004 ; prix de l'Association des études grecques, 2005) et d'une biographie de Périclès (Périclès. La démocratie à l'épreuve du grand homme, Armand Colin, 2010 ; prix du livre d'histoire du Sénat, 2011).

  • Profondément déçu par les institutions civiques de son temps, Xénophon est à la recherche, dans ses écrits, d'hommes exceptionnels dont le pouvoir pourrait résister aux assauts du temps et assurer la sérénité des notables. Cette quête d'un chef idéal, souvent mélancolique, parfois désabusée, donne à l'oeuvre de Xénophon l'un de ses fils directeurs : l'auteur élabore une construction intellectuelle complexe qui privilégie le charisme de l'homme providentiel sur les formes de domination légales ou traditionnelles. Dans l'oeuvre de Xénophon, le charisme ne relève pas d'une séduction ineffable, mais se construit autour de procédures et de techniques qui se laissent saisir à travers le concept protéiforme de charis - la grâce. Une telle notion, dont les connotations touchent à la sphère du don et de l'échange comme à celle de l'éclat et du charme, permet d'analyser ces pratiques en les resituant dans l'épaisseur de leur contexte social et culturel. Un tel parti-pris rend possible une approche transversale de l'autorité, dans la tradition d'une anthropologie politique raisonnée. Avec la charis comme fil d'Ariane, le pouvoir d'un commandant d'armée ou celui d'un roi puissant peut être utilement comparé à l'autorité du chef d'oikos sur sa maisonnée, voire à l'ascendant de Socrate sur ses disciples : aux yeux de Xénophon, l'ensemble de ces pouvoirs repose sur les mêmes fondements « charismatiques ». Le politique ainsi conçu, loin de se limiter à des principes abstraits, s'élargit dès lors à l'étude des pratiques sociales et culturelles pour ouvrir, en définitive, sur une histoire des émotions. Ainsi voit le jour une réflexion non institutionnelle sur l'autorité et ses mécanismes.

  • Il est des mots qui tuent - symboliquement, lorsqu'il s'agit de ruiner la réputation d'un adversaire, ou physiquement, quand le mot d'ordre se fait slogan. Dès lors, s'interroger sur la notion de violences intellectuelles revient à poser la question de la responsabilité de ces professionnels de la parole que sont les intellectuels. Ce livre collectif entend le faire dans la longue durée de l'analyse historienne : de l'attaque ad personam dans la rhétorique romaine à l'imaginaire guerrier des intellectuels contemporains, en passant par les formes de la dispute médiévale ou de la controverse savante à l'époque moderne. Dans tous les cas, il s'agit bien de mettre au jour les règles et les usages de la polémique, mais aussi d'identifier les moments où les règles sont transgressées, remettant en cause l'ensemble du système.Textes de Étienne ANHEIM, Vincent AZOULAY, Patrick BOUCHERON, Pascal BRIOIST, Jean-Luc CHAPPEY, Fabienne FEDERINI, Jérémie FOA, Cédric GIRAUD, Charles GUÉRIN, Dominique IOGNA-PRAT, Bernard LAHIRE, Charlotte NORDMANN, Dinah RIBARD, Yann RIVIÈRE, Valérie ROBERT, Nicolas SCHAPIRA, Jacques SÉMELIN, Bénédicte SÈRE, Stéphane VAN DAMME, Laurent-Henri VIGNAUD, Alexandre WENGER.

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