Robert Menasse

  • La capitale

    Robert Menasse

    • Verdier
    • 3 Janvier 2019

    Un cochon sème la panique dans le centre de Bruxelles. Autour de la place de la Bourse, un Turc de passage est renversé par l'animal. Un vieux monsieur lui tend la main pour l'aider à se relever : « Gouda Mustafa prit la main et se releva. Son père l'avait mis en garde contre l'Europe. » C'est sur cette scène symbolique que débute le roman de Robert Menasse, 480 pages haletantes et débordant d'imagination qui nous emmènent dans le monde ubuesque de « l'Europe ».
    L'agression du cochon fou n'est pas la seule péripétie du début de ce livre : dans le même quartier, un homme est tué d'une balle de revolver. Qui est-il, pourquoi a-t-il été tué ?
    La question sous-tendra le récit jusqu'à sa fin, sans qu'on y apporte de véritables réponses.
    Le coup de feu a été entendu par un voisin, le Dr Martin Susman, qui travaille à la Commis- sion européenne et sera l'un des personnages principaux d'une autre branche du récit. Ainsi commence à tourner un incroyable manège sur lequel Menasse dispose ses personnages avec une inventivité sans borne et une joie créative aussi sardonique que communicative.
    Dans cette atmosphère tantôt spectrale, tantôt burlesque, mais toujours d'une drôlerie aussi fine qu'irrésistible, Menasse s'amuse alors à entremêler la trame de ses récits et à provoquer des croisements entre tous ses personnages.
    Bruxelles est la scène de son théâtre, il y déroule son récit comme un metteur en scène de talent :
    Le rythme est précis, l'humour sec et omnipré- sent, le fond pensé et solidement charpenté.

  • Pris entre une mère juive envahissante et un père occupé à jouir de la vie, Nathan s'épuise à ressembler à un don Juan sans parvenir à être autre chose qu'une sorte de Don Quichotte.
    C'est à sa psychanalyste qu'il fait le récit de ses échecs passés : expériences sexuelles ratées, mariages malheureux, vaines tentatives de séduction qui se sont heurtées à la vague ultra-féministe des années soixante-dix. Nathan ne se prive pas de broder sur certains épisodes, car ce bavard malchanceux est un homme pour qui fiction et vérité s'entremêlent continuellement. Impuissant et lucide, il assiste au dévoiement de sa profession de journaliste.
    La disparition de ses parents marque le point où sa destinée bascule. Robert Menasse, qui parodie ici avec une verve comique jubilatoire la tradition du "roman d'éducation" - le livre a pour sous-titre L'éducation au désir - se livre à travers son héros à une réflexion sur l'amour et la différence des sexes. C'est à Woody Allen que l'on songe, autant qu'à Philip Roth ou Michel Houellebecq desquels il est proche par l'ambition de mener avec les armes du roman un combat sans merci contre les monstres dérisoires de la modernité.


  • qu'est-ce qui pousse viktor abravanel, vingt-cinq ans après son baccalauréat, à dénoncer en public le passé nazi de ses anciens professeurs, quitte à les accuser tous sans discernement ? n'est-ce pas pour lui une manière de régler ses comptes avec sa jeunesse, avec une famille où figurent à la fois un père juif et un oncle antisémite ? c'est en tout cas parce qu'il a travaillé sur celui qui fut le premier maître de spinoza, samuel manasseh ben israël, qu'il en est venu à s'interroger sur ses propres éducateurs.
    entre viktor, historien autrichien d'aujourd'hui, et le rabbin d'amsterdam à qui ses ouvrages de compilation valurent une célébrité sans lendemain, des liens troublants se tissent au fil des pages de ce roman, par d'incessants allers-retours entre le présent et le passé. mais le destin du jeune juif et de ses parents, " chassés de l'enfer " portugais par l'inquisition, n'est pourtant pas exactement superposable à celui de viktor, de son père et de ses grands-parents rescapés de la persécution nazie ; et c'est aussi sur l'illusion d'une histoire qui se répéterait que robert menasse invite à s'interroger.


  • A Komprechts, village autrichien proche de la frontière tchèque, la situation n'est pas brillante en ce début d'année 1989 : après la carrière, c'est la verrerie qui risque de fermer. König, le maire, croit trouver le remède dans la reconversion du village en haut lieu de tourisme vert. Un musée de la Pierre rappellera le souvenir de la carrière. Mais la vieille madame Nemec, qui a toujours vécu à proximité, acceptera-t-elle que l'on transforme sa maison en musée ? Cette même année, Roman rentre du Brésil pour s'installer chez sa mère : celle-ci vient de se remarier avec un garçon à peine plus âgé que lui et d'acheter une ferme pour se lancer dans l'agriculture biologique. Fragmentée, et visionnée par les enquêteurs qui travaillent sur un crime mystérieux à partir d'une vidéo tournée par Roman, c'est toute la réalité confuse d'une région d'Europe centrale à la fin du vingtième siècle qui s'écrit ici à l'aide des touches d'un magnétoscope. Avance rapide, pause ou retour en arrière, telles sont les trois possibilités, sans doute également illusoires, qui s'offrent à la conscience des personnages, au fil d'une narration où enjeux intimes et tensions collectives sont étroitement liés, où le tragique et le grotesque ne cessent de se côtoyer.

  • THE CAPITAL

    Robert Menasse

    Rumbustious . . . deliciously witty

  • Le jour ou J. F. Kennedy a été tué, le jour où la RAF a enlevé un industriel, le jour où le mur est tombé . autant d'événements qui croisent nos propres histoires d'amour ou de séparation, de mariage ou de deuil. Chacun était quelque part lorsque ça s'est passé. Chacun peut dire Je.
    Dans ces nouvelles, toute une génération peut se reconnaître, celle qui est née après la Seconde Guerre mondiale, a vibré en 1968 pour les idéologies gauchistes qui foisonnaient dans les universités et qui, en 1989, bouche bée devant son poste de télévision, a assisté en direct à la chute du Mur de Berlin, à la fin de l'ordre de l'après-guerre. Entre deux voyages, une rupture sentimentale, un colloque d'écrivains et une ballade dans Vienne, Robert Menasse nous dresse le portrait de héros qui voient l'histoire s'inviter au plus intime de leur existence. Comment intervient sur la vie d'un homme un événement de portée internationale : le jour où Kennedy a été assassiné, le jour où la Fraction Armée rouge a enlevé un industriel, le jour de la chute du Mur, ou plus prosaïquement le jour où l'équipe de foot grecque a été championne d'Europe... Chacun était quelque part quand quelque chose se passait. Celui qui le raconte dit "je" parce que c'est comme s'il y était. Chacun peut dire "je".
    Alliant une liberté de ton très contemporaine à l'élégance et à la légèreté de l'esprit viennois, ces nouvelles illustrent comment, à l'ère des médias triomphants, nous vivons désormais les grands événements en direct, et comment notre conscience historique s'en trouve profondément bouleversée.

  • Vienne, 1965.
    Leo Singer, étudiant en philosophie, s'éprend de Judith Katz. Tous deux ont grandi loin d'Autriche, au Brésil, où leurs parents, avant la guerre, ont fui le nazisme. Leo croit avoir trouvé en Judith la femme de sa vie, mais il ne cherche dans l'amour que l'énergie nécessaire à la réalisation de son grand oeuvre philosophique, dont l'ambition démesurée, teintée d'hégélianisme caricatural, serait de mettre un point final à l'histoire de la pensée.
    Grande lectrice du Tristram Shandy de Sterne, Judith saisit les ridicules de Leo, mais elle se laisse attendrir par cet étrange chevalier servant. De Vienne à São Paulo, en passant par Venise, l'histoire de Judith et de Leo ira pourtant d'échec en échec. C'est que Leo a construit sa vie pitoyable, comme son oeuvre inexistante, sur le mensonge et les faux-semblants. Même la chance qui, à São Paulo, fera de lui un homme riche, ne servira qu'à mettre en évidence son impuissance fondamentale, jusqu'aux ultimes péripéties de ce roman riche en rebondissements.

    A mi-chemin entre Robert Musil et Woody Allen, avec un talent de conteur hors du commun, l'humour féroce de Robert Menasse dresse le constat tragi-comique de la faillite d'un intellectualisme dévoyé avide de penser la fin de l'histoire, et qui sombre dans la bêtise par soif d'absolu.

  • Comment redonner confiance en l'Union européenne, alors même que l'Europe traverse une crise sans précédent, et que les politiques comme les citoyens de ses États membres ne cessent de la défier ?
    C'est la question à laquelle s'attelle Robert Menasse dans cet essai instructif, souvent drôle et franchement vivifiant. Européen convaincu, Menasse décide de plonger en ethnologue au coeur des institutions de l'Union et enquête à Bruxelles auprès des hommes et des femmes qui travaillent à la réalisation du projet européen. C'est de cette faune cosmopolite et engagée que l'auteur s'inspire. Il livre ici un vibrant plaidoyer pour que l'Europe, née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans une volonté de dépasser les nationalismes, mais surtout ses citoyens ne perdent jamais de vue la paix durable et la prospérité que ces institutions supranationales nous ont assurées.
    Défense de l'Europe dans ses fondements, Un messager pour l'Europe, loin de se limiter à un projet hagiographique, aide à penser les enjeux de la construction européenne et son avenir.

  • In Brüssel laufen die Fäden zusammen - und ein Schwein durch die Straßen. Fenia Xenopoulou, Beamtin in der Generaldirektion Kultur der Europäischen Kommission, steht vor einer schwierigen Aufgabe. Sie soll das Image der Kommission aufpolieren. Aber wie? Sie beauftragt den Referenten Martin Susman, eine Idee zu entwickeln. Die Idee nimmt Gestalt an - die Gestalt eines Gespensts aus der Geschichte, das für Unruhe in den EU-Institutionen sorgt. David de Vriend dämmert in einem Altenheim gegenüber dem Brüsseler Friedhof seinem Tod entgegen. Als Kind ist er von einem Deportationszug gesprungen, der seine Eltern in den Tod führte. Nun soll er bezeugen, was er im Begriff ist zu vergessen. Auch Kommissar Brunfaut steht vor einer schwierigen Aufgabe. Er muss aus politischen Gründen einen Mordfall auf sich beruhen lassen; »zu den Akten legen« wäre zu viel gesagt, denn die sind unauffindbar. Und Alois Erhart, Emeritus der Volkswirtschaft, soll in einem Think-Tank der Kommission vor den Denkbeauftragten aller Länder Worte sprechen, die seine letzten sein könnten. In seinem neuen Roman spannt Robert Menasse einen weiten Bogen zwischen den Zeiten, den Nationen, dem Unausweichlichen und der Ironie des Schicksals, zwischen kleinlicher Bürokratie und großen Gefühlen. Und was macht Brüssel? Es sucht einen Namen - für das Schwein, das durch die Straßen läuft. Und David de Vriend bekommt ein Begräbnis, das stillschweigend zum Begräbnis einer ganzen Epoche wird: der Epoche der Scham.

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