Éditions de la Sorbonne

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivôt, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetièreoùtant d'hommes et de femmes sont venus ou ontespéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétiens, juifs et musulmans qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âgeàl'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume entend donner à entendre cette conversation ininterrompue.

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par-delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivot, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetière où tant d'hommes et de femmes sont venus ou ont espéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétien, juif et musulman qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âge à l'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume donne à entendre cette conversation ininterrompue.

  • Cet ouvrage collectif se propose d'interroger les circulations des objets et des pratiques artistiques à travers différents espaces géographiques, cadres culturels, milieux sociaux et médiums. Il s'agit de mener une réflexion sur les enjeux de ces mobilités dans une perspective pluridisciplinaire (histoire de l'art, du cinéma, de l'architecture, sociologie des institutions culturelles, du théâtre, material studies, etc.). La première partie, Jeux d'échelles et mécanismes de la mobilité artistique, questionne la circulation à travers ses différentes échelles ainsi que les agents impliqués dans les échanges, qu'ils soient institutionnels, humains ou matériels. Les articles mettent en lumière par l'étude de situations propres à un contexte socio-culturel précis, la complexité des mécanismes de déplacement des artistes et de diffusion des formes et des discours. Le seconde partie, Imaginaires et sociétés, est consacrée aux deuxièmes vies des productions artistiques ou plus généralement culturelles. Elles voyagent, sont redécouvertes, recréées, réinventées, bricolées, revendiquées voire détournées. Artistes, médiateurs et publics s'en emparent et les font résonner dans des contextes parfois éloignés de celui de leur création.

  • Qu'y a-t-il de commun entre la traduction du patrimoine littéraire mondial en langue wolof défendue par Boubacar Boris Diop dans le contexte postcolonial sénégalais, les négociations entre différents acteurs associatifs et institutionnels autour des routes de la mémoire de la dictature au Chili, l'hétérochronie sous-jacente à la « biennalisation » de l'espace urbain à Tirana dans l'Albanie post-socialiste, la mise en fiction documentaire de leur propre culture par les autochtones Kakataibo en Amazonie péruvienne, la création collective autour de la danse du Diable dans les Andes urbaines en Bolivie, l'effet de l'intégration des arts sonores dans un musée sur le genre artistique lui-même autant que sur l'institution, et la recréation collaborative des happenings d'Allan Kaprow à partir des scripts ? Aucune de ces contributions ne conçoit les patrimoines culturels comme des corpus établis d'oeuvres du passé achevées qui feraient l'objet d'une conservation illusoirement neutre idéologiquement. Elles éclairent au contraire la patrimonialisation en tant que processus dynamique d'interaction avec la création, celle-ci étant entendue au sens large de production artistique, culturelle et sociale dont les enjeux sont aussi bien esthétiques que politiques et institutionnels. L'accent est mis sur l'impact spatial (local et mondial ; territoires naturels et espaces urbains), temporel (passé et présent) et institutionnel (littérature, musées, urbanisme, configuration du territoire) de collaborations interdisciplinaires qui impliquent souvent des négociations complexes entre les différents acteurs. Ces perspectives diverses contribuent ainsi toutes à mettre au jour ce que masquent souvent les termes de « préservation » ou de « conservation », à savoir la dimension performative de la patrimonialisation.

  • Cet ouvrage propose de s'interroger sur l'appréhension et la qualification des espaces au sein du site archéologique. Les intervenants ont ainsi partagé leur réflexion sur les marqueurs matériels - artefact ou écofact - servant à l'identification des espaces au sein du site. Il est organisé autour des trois thèmes majeurs qui ressortirent alors : l'identification et la dévolution des bâtiments ; les espaces funéraires et enfin la spatialisation des activités. Nous espérons que le lecteur trouvera tant dans la grande diversité des périodes et aires chrono-culturelles représentées, que dans le vaste panel des sources et méthodes mobilisées, inspiration et sujet de réflexion.

  • Réalisés dans le cadre de la cinquième rencontre de l'École doctorale d'archéologie portant sur le thème « Adoption et adaptation », les neufs articles de ce volume illustrent la pluralité et la complexité de ce sujet à forte résonnance actuelle. La culture matérielle du Moyen-Orient, de l'Europe occidentale et de la Mésoamérique, depuis le Néolithique jusqu'au début de l'époque moderne est ici au centre des observations, exprimant aussi bien les formes d'adaptation à un environnement que les transmissions des formes et des fonctions dans l'espace et dans le temps.

  • Ce volume rassemble des textes en anthropologie, histoire de l'art, musicologie, histoire du cinéma, réunis pour construire ensemble un véritable objet pluridisciplinaire : l'art est ici examiné comme processus, depuis les modèles cognitifs et conceptuels étudiés dans les contextes de sa création jusqu'à l'impact politique et sociétal de sa réception. La première partie considère des objets aussi divers que la création musicale contemporaine, la mise en récit(s) de la photographie dans la seconde moitié du XXe siècle en France et la production de bronzes au XIXe siècle sous l'angle de leurs processus créatifs. Sa deuxième partie examine les espaces muséaux : ils peuvent être considérés comme des « zones de contact » plus ou moins asymétriques et jouent aujourd'hui un rôle crucial dans la mise en valeur de pratiques et d'objets considérés comme mineurs ou marginaux. Enfin, la dernière partie propose d'interroger l'articulation entre culture et politique au regard de contextes sociaux, politiques et historiques distincts.

  • Les quatorze communications réunies ici, auxquelles s'ajoutent les témoignages de ses collègues et amis du CNRS à Villejuif, rendent hommage à l'apport scientifique de Nicole Pons sur le sujet qui a été au centre de toute sa carrière : le premier humanisme français. Elles montrent comment son oeuvre peut servir de modèle. La quête exigeante des manuscrits fait sortir de l'ombre des intellectuels liés par l'amitié et ouverts sur les auteurs italiens. Ces hommes, parfois illustres mais souvent anonymes, sont aussi des polémistes, qui ont mené de grands combats. Ils ne se sont pas contentés de vouloir résoudre le Grand Schisme ou de réformer le royaume en proie aux guerres civiles du temps de Charles VI. Ils se sont engagés de toute leur force contre les Anglais, pour rétablir l'Union avec les Grecs, pour asseoir le pouvoir légitime de Charles VII, qu'il s'agisse de sa filiation ou de ses droits... Par un jeu de miroir qui les renvoie aux auteurs antiques et surtout à Cicéron, ils croient à la vertu de leur plume pour dire le Vrai et pour changer le monde. C'est dire la belle continuité de leur mission que les terribles massacres de 1418 n'ont pas interrompue, et que ce colloque sait rendre en décrivant le foisonnement de leur pensée du début du XIVe à la fin du XVe siècle. Un style et une démarche qui n'étaient pas pour déplaire à Nicole Pons.

  • En hommage au très grand historien que fut François-Xavier Guerra (1942- 2002), ce livre réunit dix-huit essais inspirés par son oeuvre et son enseignement sur l'Amérique latine contemporaine. Succédant en 1985 à François Chevalier à I université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, F.-X. Guerra fut internationalement connu comme historien des révolutions hispano-américaines : Révolution mexicaine de 1910, révolutions d'indépendance du début du XIXe siècle, à travers lesquelles il s'est consacré à interroger les paradoxes et les dilemmes de l'avènement de la modernité politique. Il les pensait dans le vaste espace transnational qu'il appelait l'Euro-Amérique, où, avec les hommes et les imprimés, circulent et s'échangent les cultures politiques. A travers discussions historiographiques, bilans méthodologiques et cas concrets, les essais ici rassemblés reprennent à nouveaux frais des questions telles que : les modalités de la transition entre ancien régime et société libérale, qui engagent la définition de la modernité politique, mais invitent aussi bien à réfléchir d'un oeil neuf aux transitions démocratiques de la fin du XXe siècle, le rôle joué par la sphère publique dans les processus de sécularisation ; les conditions de pertinence de l'identification des acteurs dans l'histoire du politique; ou encore, le questionnement du nationalisme à partir de l'espace euro-américain. Des historiens européens et latino-américains, collègues ou anciens élèves de F.-X. Guerra, poursuivent ainsi le dialogue avec cette oeuvre généreuse et féconde qui n'a pas cessé d'irriguer la réflexion des latino-américanistes.

  • LA TÉLÉVISION EST AU CENTRE DE CE LIVRE. Et l'Europe aussi. Croiser l'histoire des « étranges lucarnes» - comme un journal satirique français se plaisait à appeler ce nouveau média - avec l'histoire de la construction européenne, tel est l'objectif de cet ouvrage collectif. Le livre propose de penser cette double histoire è la lumière d'un double questionnement: Y a-t-il eu construction d'un espace audiovisuel européen? Et. si oui, ce dernier a-t-il contribué à construire une Europe culturelle et à forger une identité européenne nouvelle? Comme le montrent Marie-Françoise Lévy et Maric-Noëlle Sicard dans leur introduction, les questions posées ne donnent pas lieu à des réponses univoques. D'autant que les auteurs de ce volume engagent des réflexions sur la notion même do culture et sur celle d'identité. Toutes les contributions ici rassemblées apportent des éclairages nouveaux sur ces concepts, sur la façon dont ils sont appréhendés, ainsi que sur la dimension culturelle et identitaire de la télévision en Europe depuis un demi-siècle. Ce livre analyse les modèles de télévision et leurs transformations, la relance de l'Europe de la culture, les difficultés et les obstacles rencontrés par les acteurs qui tentent de conjuguer télévision, culture et Europe. Il étudie également les programmes télévisuels, ces récits et ces images qui montrent l'Europe, en dessinent les signes de reconnaissance et offrent au téléspectateur un élargissement de son horizon national vers d'autres paysages, modes de vie, patrimoines et traditions culturelles. A travers cette démarche novatrice, les télévisions apparaissent ainsi comme des acteurs de l'histoire de l'Europe.

  • Le thème proposé par l'université de Lorraine pour le congrès de la SHMESP en 2014 a eu pour objet la place du modèle dans la transmission médiévale des savoirs, qu'il s'agisse des connaissances intellectuelles, des savoir-faire dans la production des objets, des normes de comportement ou encore des modèles de vie religieuse. Dans ces différents champs, la question du modèle apparaît comme un prisme de l'enquête historique, dans le sens où la transmission des savoirs s'appuie très largement et concurremment sur l'exemplarité et sur la reproduction. Le modèle peut être une personne éminente ou exceptionnelle, la synthèse d'un ensemble d'observations et d'expériences, qui permettent à un individu ou un groupe de construire son savoir, son savoir-faire ou son savoir-être. Le geste, l'image, la parole, l'écrit apparaissent donc comme autant de supports de la transmission. Dans le domaine de l'histoire de la culture matérielle, cette perspective peut mener à s'interroger sur les modalités et les supports de la transmission des savoir-faire. Elle peut aussi conduire à mettre en évidence la place du modèle et celle du patron dans la production : il peut s'agir du geste ou de l'image que l'on imite, mais aussi d'objets spécifiques qui peuvent faire fonction de prototypes, parfois en vue d'une répétition presque mécanisée. Dans le domaine de l'étude des comportements, la notion de modèle apparaît comme une voie d'enquête fructueuse. Elle se double de la notion d'exemplarité : celle-ci est particulièrement visible dans la figure du bon évêque ou du bon prince, ou encore dans la diffusion des modèles hagiographiques, spéculaires ou tropologiques (éthique philosophique, allégorie, littérature des exempla, consolations, etc.). De la même manière, la littérature, qu'elle soit spirituelle, morale, historique ou romanesque, et les disciplines philosophiques qui englobent tous les artes, véhiculent des modèles ou se réclament d'autorités livresques, religieuses, mythologiques ou philosophiques. Au Moyen Âge, toute oeuvre, toute production et toute action a ses références et ses sources, qu'il importe à l'historien de découvrir et d'interpréter.

  • Le thème du gouvernement médiéval, entendu comme l'ensemble des conditions dans lesquelles un pouvoir s'exerce sur une population, la domine, la contrôle, organise sa vie, a pris une importance nouvelle dans l'historiographie depuis une dizaine d'années. Les actes du congrès de la SHMESP, qui s'est tenu à Montpellier en 2015, visent à mettre en valeur l'intérêt de cette tendance récente, qui réside non seulement dans le dépassement d'une opposition souvent trop mécanique entre norme et pratique ou entre institutions et société, mais aussi dans un changement de perspective pour l'analyse de la formation et de l'évolution des grands cadres politiques. Car, s'il n'y a pas toujours eu d'« État » moderne ou pré-moderne, il y a toujours eu, semble-t-il, des formes de gouvernement caractérisées par la mise en oeuvre plus ou moins souple de lois ou de règles. Dans cette perspective, les auteurs ont étudié les champs lexicaux de la pratique du gouvernement, les diverses techniques et procédures administratives mises en oeuvre dans les formations politiques médiévales en tout genre. Sont également abordés les liens idéologiques ou idéels qui existaient entre les détenteurs des pouvoirs et les groupes et individus qui leur ont été soumis, fidèles, obéissants. Dans le cadre des pratiques de gouvernement, certains thèmes ayant fait l'objet d'un renouvellement historiographique ces dernières années ont été privilégiés, comme les enquêtes, le contrôle des agents du pouvoir, les pratiques de dénombrement des populations ou les moyens de coercition. En outre, il n'est pas de pouvoir ou d'autorité durablement efficace sans le consentement des gouvernés. Ce consentement, qui vaut parfois délégation de pouvoir, passe par des formes de participation et/ou d'adhésion active ou passive. Le thème proposé invitait également à réfléchir aux liens, aux interactions et aux porosités entre les formes de gouvernement laïc et religieux dans les sociétés occidentale, byzantine et islamique.

  • L'histoire globale est à la mode. Certains le déplorent, au nom de la défense d'une identité nationale qui ne pourrait être conçue que dans le cadre des frontières de ce qui est devenu aujourd'hui la France, ou éventuellement de la « chrétienté », pour y trouver d'hypothétiques racines historiques. D'autres en font un nouveau terrain de réflexion, au risque de comparaisons hasardeuses ou de connexions artificielles. Les historiens français, et les médiévistes plus encore peut-être, ont tardé à s'emparer de ces sujets venus à la fois du monde anglo-saxon et des nouveaux pays émergents. Peut-être parce qu'ils se satisfaisaient de l'héritage, pourtant ancien et maintenant questionné, de Fernand Braudel. Peut-être aussi en raison de cloisonnements académiques entre l'histoire européenne et méditerranéenne largement représentée à l'université, et celle des mondes plus lointains qui s'épanouit dans d'autres cadres institutionnels. Les mondes médiévaux sont pourtant profondément connectés, parfois à très longue distance, et il n'a pas fallu attendre les Grandes Découvertes et la modernité pour voir des hommes et des femmes se déplacer et échanger, parfois au loin. Il appartenait donc à la communauté des médiévistes de réfléchir sur les modalités de ces connexions, non pour revendiquer l'existence précoce d'un « village global » ou pour nier l'existence d'espaces et de mondes qui ont leur propre cohérence interne à une époque donnée, mais pour réfléchir aux conditions épis- témologiques d'une telle approche. À quelle échelle doit-on penser les phénomènes historiques ? Telle est la question, centrale pour toute recherche, que pose ce 47e congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public. Les communications réunies dans ce volume d'actes s'ouvrent donc sur des horizons vastes, vers l'Asie centrale et l'Extrême-Orient, vers l'Afrique subsaharienne et l'océan Pacifique, sans négliger pour autant des espaces européens et méditerranéens qui nous sont a priori plus familiers, en interrogeant leurs connexions et en menant des comparaisons fécondes. C'est donc à une histoire globale et connectée du Moyen Âge, largement ouverte sur le monde, qu'invite la lecture de cet ouvrage. En témoignant de la vitalité de la recherche française et de sa diversité, il pose à nouveaux frais la question, tant débattue, des « racines » de nos mondes contemporains.

  • Ce volume est divisé en deux grandes parties, regroupant sept études approfondies en sciences humaines et sociales. Les auteurs, jeunes chercheurs de haut niveau, ont mené leurs enquêtes de Londres aux pays Baltes, de la Polynésie française au Congo et au Panama, en questionnant les archives et leurs multiples usages, les processus d'exposition et de réception dans les domaines des arts plastiques, du cinéma et du théâtre. Dans le questionnement des dispositifs d'exposition et de leurs versants discursifs, à travers quelques exemples relevant de champs différents (histoire de l'art, histoire du cinéma, histoire sociale), une importance centrale est accordée aux sources et à leurs utilisations. Comment articuler concrètement l'analyse d'une image ou d'une oeuvre avec l'examen de la manière dont les acteurs sociaux façonnent le regard pour les futurs spectateurs ? À l'encontre d'une idée reçue qui voudrait que le patrimoine constitue un ensemble donné de biens qu'il s'agirait d'entretenir (ou non), les sujets abordés dans ce volume mettent au contraire en évidence la dimension vivante, active, mouvante des patrimoines concernés - tout en rappelant que cette dimension mouvante n'est ni univoque, ni positive. L'intérêt porté aux processus de fabrication et d'emploi de différents types de patrimoine permettra de mettre en lumière les dynamiques internes à ces ensembles.

  • Ubi papa, ibi Roma : Rome peut bien n'être pas dans Rome puisque Rome est là où réside le pape. Cet adage du xiiie siècle exprime avec force le rapport d'identification entre la ville et le souverain, définissant la capitale par sa fonction de commandement politique. Mais elle s'applique à une capitale étrange au Moyen Âge, qui se rêvait caput mundi mais peinait à s'affirmer comme capitale régionale. Qu'est-ce donc qu'une ville capitale au Moyen Âge ? Au-delà des fausses évidences de la continuité millénaire de la centralisation parisienne et, dans une moindre mesure, londonienne, la question est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Certes, le modèle romain de la capitale d'empire a pu se prolonger sous des formes diverses, avec Constantinople, Bagdad ou Le Caire. Mais lorsque les Carolingiens rétablissent l'empire en 800, ils ne retrouvent pas pour autant ce modèle de la capitale d'empire. Si l'on considère l'ensemble des expériences institutionnelles et territoriales de l'Occident médiéval, c'est bien la dispersion des fonctions capitales qui constitue la règle et leur concentration l'exception. En se tenant à Istanbul, à l'invitation de l'Institut français d'études anatoliennes, le xxxvie Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public trouvait un cadre monumental et historique parfaitement adéquat à son objet d'étude, à mi-chemin entre plusieurs expériences politiques que les différentes contributions ici rassemblées entendent confronter, en longue durée. Car faire l'histoire des villes capitales revient à poser la question de la diversité des modèles d'émergence de l'État : les rapports entre le palais et la ville, mais aussi les phénomènes de déplacement du centre de gravité des constructions territoriales, d'abandon ou de reprise de capitales, dessinent plusieurs configurations de pouvoir. Essentielle est, de ce point de vue, la question des marqueurs symboliques : une ville réussit à convaincre qu'elle capitalise différentes fonctions de commandement par des images et des rituels, des mots et des murs, la mobilisation d'une mémoire et la monumentalisation de leurs lieux. Elle peut continuer à jouer longtemps du prestige d'une capitalité évanouie. En saisissant l'impact à la fois matériel et idéel de la centralisation administrative dans la société urbaine, les différentes contributions de ce volume tentent donc de donner tout son sens à cette expression faussement anodine de « ville capitale » au Moyen Âge.

  • Le Moyen Âge scandinave, que les historiens du nord de l'Europe font débuter vers 1100, est relativement méconnu en France. Les royaumes qui se constituèrent alors sont encore tenus pour des mondes marginaux, plus soumis à un héritage et à des coutumes propres qu'influencés par les modèles sociaux, politiques et culturels de l'Europe occidentale. Les communications, présentées lors du colloque qui a réuni en juin 2005 à Paris des médiévistes nordiques et français, et rassemblées dans ce volume, apportent un regard nouveau sur les relations que les royaumes nordiques ont entretenues avec le reste de l'Occident, en prenant comme fil conducteur l'histoire de leurs élites, clercs et laïcs. Deux approches ont été privilégiées, l'analyse des formes et des lieux d'échanges et celle des systèmes de reproduction de la domination sociale. Que ce soit par les voyages, la diplomatie, ou par la confrontation violente, qu'elles aient fréquenté les cours royales et princières, la Curie romaine, les monastères ou les universités, ces élites ont parcouru l'espace européen et se sont approprié les outils de domination sociale et culturelle, comme l'écrit, les livres, les pratiques intellectuelles, les valeurs symboliques... Leur diffusion a été aussi assurée par les Occidentaux venus dans le Nord, prélats, chevaliers et marchands. Pour exercer le pouvoir politique, les aristocraties nordiques ont largement puisé dans des usages et des normes partagés par l'ensemble des élites européennes. Elles se sont appuyées sur des réseaux similaires de consanguinité et d'alliance. Elles ont adopté les modes de vie, les idéaux, les codes du paraître et de l'honneur des noblesses occidentales. Du xiie au xve siècle, sans nier les particularismes éventuels, l'histoire des élites et celle du pouvoir politique ont donc connu des développements synchrones : renforcement de la loi, émergence des juristes, essor d'une élite de conseil, ambitieuse et souvent frondeuse, inflexions idéologiques de la fonction royale.

  • Les actes du Colloque international qui a commémoré le sixième centenaire de la dédition de Nice à la Savoie envisagent l'événe­ment de 1388 jusque dans son historiographie et dans ses consé­quences modernes. Ils se placent dans une perspective pluridiscipli­naire, unissant les approches historique, politique, philologique et sym­bolique et dans un horizon géographique aux dimensions des ambi­tions et des pouvoirs des dynasties angevines et savoisienne. Le particularisme niçois est né de ce bouleversement, il trouve son origine dans le choix dynastique de Charles III de Duras et se renforce dans les liaisons entre parti duraciste et défenseurs du pape romain, dans une conjoncture marquée par le schisme, les insurrections des Tucchins et par les premières interventions des Valois et des Orléans en Italie du Nord. La déditlon volontaire de 1388 signale la réussite d'un État moder­ne, le comté de Savoie, "Prusse alpine" aux structures fortes et souples, et l'échec de la principauté provençale, dont l'effondrement laisse des traces profondes : la frontière du Var, les solidarités entre Nice, Coni et Turin, la circulation des milieux nobiliaires, des administrateurs et des juristes à travers les Alpes, et jusqu'aux irrédentismes d'hier et aux familiarités d'aujourd'hui.

  • D'entrée de jeu, comme le souligne Adriaan Verhulst, se pose le problème des origines et de la formation du village, entendu comme un ensemble fonctionnel et communautaire, et non comme la simple juxtaposition géographique de bâtiments d'exploitation et de maisons rurales. Faut-il, en l'absence de sources écrites, attendre le Xè siècle pour voir naître un village stable, avec un terroir ordonné et articulé ? ou plutôt anticiper, en étant sensible au « frémissement » carolingien ? Problème d'origine donc, mais aussi de lien avec le cadre des paroisses, avec le château ou la motte. Rien, ou presque, n'est définitivement acquis. Mieux vaut, par modestie, s'intéresser à des cas concrets, à des régions restreintes, bien éclairées par un faisceau de sources : les husun de la marche supérieure d'Al-Andalus, les casaux et les bastides de Gascogne, les villages du Nord ou du diocèse de Coutances. On y voit vivre les villageois, périr ou se développer leur milieu de vie, s'épanouir les convivialités ou les violences quotidiennes. On y voit surtout une diversité extrême, qui oblige à refuser toute synthèse globalisante, toute généralisation hâtive. D'autant que les historiens des textes ne peuvent se passer de l'archéologie et d'une iconographie bien comprise. Elle seule restitue le cadre de la maison, la quotidienneté des villageois dans leur labeur et les liens étroits qu'ils entretiennent avec la terre.

  • Qu'on n'attende pas ici une étude exhaustive d'un groupe social émietté et diversifié, tant par ses origines, sa formation intellectuelle que par les fonctions exercées par ses membres. Le rapport introductif en souligne les clivages, tout en notant quelques traits communs : la jouissance d'un statut apportant immunité judiciaire et fiscale, mais qui suscite plus de critiques que de considération, en raison de l'écart entre l'idéal évangélique, souvent recherché, et la conduite des clercs, trop souvent relâchée. Du royaume de France à la Scandinavie, de la péninsule ibérique à Constantinople. surgissent les images contrastées des clergeons de cathédrales, des prêtres-filleuls formant une véritable plèbe ecclésiastique, des curés ruraux mal instruits, des dignitaires de chapitres et des évêques qui s'efforcent, tant bien que mal, de veiller au bon fonctionnement des institutions, de contrôler les moeurs du clergé et de lui assurer une médiocre formation continue, afin qu'il puisse mieux répondre à l'idéal sacerdotal. Les diverses communications qui suivent cherchent donc à préciser l'image du clerc dans la société médiévale, le recrutement, la formation, le ministère pastoral, à comprendre aussi comment, par delà la diversité des fonctions et les distances sociales, les clercs séculiers forment un corps, le coetus clericorum, qui se regroupe dans des confréries ou dans des quartiers urbains spécifiques, étudiés par notre regretté collègue, Jean-Charles Picard, dont ce fut l'une des dernières interventions parmi nous. Si un ouvrage d'ensemble sur le clergé séculier au Moyen Âge est encore prématuré, il faut souhaiter que les contributions ici réunies permettent au lecteur de mieux comprendre la vie foisonnante d'un groupe essentiel de la société médiévale, dans ses idéaux comme dans ses contradictions.

  • La Bretagne ducale illustre l'ambiguïté d'une grande principauté, quasi rivale du royaume, et d'un prince qui se voudrait roi et qui s'arroge maint attribut de la souveraineté. Mais ailleurs, de I'Empire germanique à la péninsule ibérique, des principautés françaises au Milanais, surgissent des questions autour du thème fondamental du pouvoir, de ses fins et de ses moyens. Idéologie, hommes et finances, lignage, pays et peuple, image que veut donner le prince par ses tenues et ses résidences, rapports avec ses sujets, ses villes, sa noblesse et ses clercs, tels sont quelques-uns des points de vue que l'on trouvera présentés dans cet ouvrage. S'il n'est d'histoire que d'histoire de l'homme, dans sa chair comme dans ses comportements, le thème du prince et de son pouvoir dépasse de loin la sécheresse toute descriptive d'une histoire institutionnelle, pour devenir celle d'un homme mû tout entier par une ambition qu'il se doit de satisfaire au sein d'un « pays » et d'un peuple, qui lui en accordent ou non les moyens. Dépourvu de tout signe sacré et de tout attribut de souveraineté, le prince médiéval est le plus souvent étranger à la genèse monarchique de l'État moderne.

  • Il existe toujours un décalage entre la découverte d'un nouveau monde et la « saisie » de celui-ci par l'ancien. Souvent les contemporains sont préocupés par des questions plus immédiates, et le récit de la découverte devient anecdote merveilleusement étrange. Jouent alors un rôle décisif pour fixer les images premières la curiosité, la faculté d'observation, la cartographie. Peu à peu s'établit une nouvelle vision du monde. En Europe, à partir de la Renaissance, il en fut ainsi. Mais ce continent, dont le regard sur le monde a changé, s'est aussi transformé du fait des découvertes. Alors, après ses mutations, se reconnaît-elle encore aujourd'hui en face des mondes qu'elle a découverts et qui, de leur côté aussi, l'ont découverte ?

  • Faut-il rappeler qu'au cours de la première année de son pontificat, Grégoire XI fit envoyer par sa chancellerie 15 450 lettres communes, sans compter les lettres secrètes et curiales ? A une échelle moindre, les États nationaux en formation, les compagnies commerciales et financières de Toscane éprouvaient des besoins d'information semblables et cherchaient à améliorer la circulation des nouvelles. Il faut s'interroger aussi sur les modalités de la transmission et sur la vitesse à laquelle les événements, grands ou petits, pouvaient être connus grâce à des courriers, des voyageurs ou des marchands. Plus spontanée, plus diffuse aussi, la rumeur, ce « plus vieux media du monde », pose d'autres problèmes : comment naît-elle ? se propage-t-elle ? quel en est le contenu ? quelle place joue-t-elle dans le jeu politique, et plus largement dans le corps social ? L'étude des réseaux de communication mène ainsi de la rue à l'échoppe, des relais de chevaux mongols aux coursiers des rois et des papes. Elle nous fait parcourir le monde médiéval, de la Chine à l'Égypte, de Rome à Venise et des Balkans à la Catalogne, sans oublier le royaume de France divisé et meurtri par la guerre de Cent Ans.

  • Le voisinage étroit et ancien du monde arménien et de l'Empire byzantin a multiplié entre eux les liens, et il y a longtemps déjà que les divers domaines où se sont manifestés ces contacts font l'objet d'études. Si les Arméniens étaient attentifs à leur indépendance religieuse, ils n'en furent pas moins séduits par le prestige diplomatique et culturel de l'Empire. Quant aux Byzantins, ils appréciaient les guerriers en quête de fortune, qui, longtemps, les protégèrent de l'avance musulmane. Ces sentiments complexes ont perduré, en se transformant, à travers tous les bouleversements du Proche Orient : expansion arabe des viie-viiie siècles, impérialisme byzantin des xe-xie, et avance turque des xie-xiie. À l'heure où l'attention se porte aussi sur les différences et incompatibilités entre Arméniens et Byzantins, le moment était venu pour des historiens d'Arménie, de Russie, des États-Unis et de France, de se rencontrer et de poser les bases d'un bilan sur ces relations contrastées. On trouvera donc ici les contributions de S. S. Arevsatyan, Viada Arutjunova-Fidanjan, Hratch Bartikian, Paul Bellier, Patricia Boisson-Chenorhokian, Isabelle Brousselle, Marie-Louise Chaumont, Jean-Claude Cheynet, Gérard Dédéyan, Patrick Donabédian, Nina G. Garsoïan, Mourad Hasrat'yan, Jean-Pierre Mahé, Seiranouche Manoukian, Bernadette Martin-Hisard, Petre S. Nasturel, Catherine Otten-Froux, Bernard Outtier, Charles Renoux, Michel Thierry, Nicole Thierry et Karen Yuzbashian.

  • Pourquoi des syndicalismes si différents en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne dès la fin du XIXe siècle ? Pour répondre à cette question on compare ici le Trade unionism, le syndicalisme révolutionnaire et le mouvement ouvrier allemand de façon très concrète. D'une part, on examine le s d'organisation ouvrières dans des secteurs industriels ou des territoires déterminés (les mineurs, les dockers, le bâtiment, les grandes villes, etc.). D'autre part, on analyse, d'un point de vue toujours comparatif, des productions symboliques (le Premier mai, les discours) ou des formes d'organisation (mutuelles et coopératives, patronat). Chacun des chapitres à été préparé par les meilleurs spécialistes du sujet donné dans les trois pays, parfois étendu à la Belgique et à l'Italie. Plusieurs réunions ont permis de définir une problématique commune. Enfin, les différents tex te sont été discutés à l'occasion d'un colloque international financé par la Commission européenne. On présente ici la version revue et corrigée de ces textes, assortis d'une bibliographie générale. Ont contribué à l 'ouvrage John Barzman, John Belchem, Peter Berkowitz, Manfred Bock, Friedhelm Boll, Rémy Cazals, Jean-Claude Daumas, Jacques Delors, Gita Deneckere, Marie-Geneviève Dezès, Karl Ditt, Michel Dreyfus, Marlene Ellerkamp, Allan Fowler, Marie-Louise Goergen, Rebecca Gumbrell, Karl H. Pohl, Odette Hardy, Richard Hyman, Sandrine Kott, Giuseppe M. Longoni, John Lovell, Kenneth Lunn, Inge Marssolek, Arthur McIvor, Joël Michel, Eric Nijhof, Norbert Olszak, Michel Pigenet Antoine Prost, Vincent Robert, Michael Schneider, Peter Scholliers, Stéphane Sirot, Danielle Tartakowsky, Klaus Tenfelde, Thomas Welskopp, Noël Whiteside, Chris Wrigley.

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