Zourabichvili franco

  • Deux paradigmes se disputent l'esthétique depuis sa naissance : le jeu et l'expression. En témoigne la disjonction initiale entre une esthétique du contenu (Hegel) et une esthétique du jeu avec les contenus (Schiller). Toutefois, cette disjonction n'a pas été suffisamment reconnue ni soupesée, comme l'attestent, d'une part, les réconciliations philosophiques du vrai et du jeu au cours du XXe siècle, fût-ce au profit d'une conception renouvelée de la vérité (de Heidegger à Gadamer) ; d'autre part l'équivoque avec laquelle nombre d'artistes contemporains croient se réclamer du jeu contre l'expression, alors qu'ils la réintroduisent presque toujours en sousmain et à leur propre insu.
    Ce cours se propose donc d'éprouver les chances, en esthétique, d'un paradigme bien compris du jeu : dans quelle mesure et jusqu'à quel point doit-on penser l'oeuvre d'art comme jeu, ainsi que l'expérience, créatrice ou réceptrice, qui lui est attachée ? dans quelle mesure et jusqu'à quel point, réciproquement, le concept de jeu s'accomplit-il dans la pensée de l'art ? Mais comme on n'abandonne jamais aisément, en esthétique comme ailleurs, le rapport au vrai et à la connaissance, et que la disjonction du jeu et de l'expression se défigure souvent en une alternative réductrice, la question de l'art doit se reformuler : s'il est juste que l'oeuvre nous renvoie toujours en quelque manière à nous-mêmes, cette réflexivité est-elle en dernier ressort théorique ou de l'ordre d'une étrange pratique ? Comment nous reconnaissons-nous dans l'art :
    Sur le mode mimétique ou sur le mode ludique ? Suffit-il d'en appeler à une expressivité joueuse, à un circuit où le jeu et le vrai se conditionneraient mutuellement ?

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