Inauguration d'une Buchmesse, et d'un Francfort en français / Frankfurt auf französich, qu'on ne vous aura pas assez raconté.
 

à ceux qui étaient là, à tous ceux qui par leur travail méritaient d'être là ce mardi 10 octobre 2017.

 

  Un homme monte sur scène en jean et chemise canadienne. Il lit, en langue française. Je crois reconnaître l'Iliade relu cet été au Banquet du livre. Les Grecs ont gagné. Ils humilient Hécube, la mère d'Hector, en la faisant marcher dans le plaine parmi les cadavres Troyens. Ils la mènent à la tombe d’Achille. Elle y voit égorgée Polixène, sa dernière fille. Où sommes-nous à cet instant ? Entre l’Iliade et L’Odyssée. Ce n’est pas Homère, est-ce Euripide ? Ou Légendes ? On est à la Buchmesse et Hécube va se métamorphoser en chienne et sans mot, de douleur, aboyer. [Noir]. Et l'écran de cinéma en fond de scène s'allume sur un visage en gros plan qui aboie, qui aboie, qui aboie. Comme Hécube, sans capacité de langue, cet homme aboie, aboie, longtemps, très longtemps, trop longtemps, en gros plan, à baver et de plus en plus fort. [Stop]. L’homme sur scène maintenant parle en langue arabe. Puis il parle à nouveau en français et je comprends que c’est Wajdi Mouawad. Il dit la guerre civile, le choix et l’accueil de la langue française. Il dit « je suis fruit de cette Europe hospitalière ». Puis il raconte une autre histoire... Une comédienne monte alors à son tour et elle lit maintenant cette autre histoire, en langue allemande, texte d'un prochain livre à paraître, intitulé L’amour.

  Emmanuel Macron montera à son tour. Ce qui vient de se passer l’obligera sans doute à modifier son texte. Il dira que la langue française n’appartient pas aux français. Il dira que la langue française se mesure à la rencontre des autres langues et il dira le défi européen de cette profusion de différences de langues. Il dira Goethe, âgé, et sa jeunesse retrouvé à proclamer son Faust en français dans Francfort dans la traduction qu’il vient de recevoir de Nerval âgé de 18 ans. Il dira Benjamin qui comprend Baudelaire. Il dira Gide qui passe Nietzsche. Il dira Tournier qui conte… Il dit bien. Angela Merkel vient.
 

Cher Wajdi, moi je dis que là-bas, ce soir là,
Nous, Mouawad, nous n'étions les bouffons d'aucun roi,
Car à moi, à ta voix, mon cœur encore aboie.


Samedi 21 octobre 2017, Stéphane Michalon

 

Wajdi Mouawad 10 octobre 2017

 

 

 
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